Théâtrorama

Après Scènes de violences conjugales, Gérard Watkins revient avec Ysteria, une pièce presque expérimentale, où se mêle, dans un patchwork de genres, une trame de thriller psychanalytique  frénétique. 

Talking cure sans sofa mais avec coussins… 

Ysteria se présente comme une conférence, en référence aux leçons du mardi de Charcot, à la Salpêtrière. Le quatrième mur tombe dès l’ouverture et le public  est placé en observateur privilégié des deux cas d’hystérie que doit traiter l’équipe de trois psychiatres en place, qui auraient, eux aussi, besoin d’une bonne analyse en amont. Le spectateur est donc invité à une séance publique. Le préambule un peu trop verbeux qui explique dans un survol la problématique de l’hystérie, fait redouter qu’à défaut d’hystérie le public ne tombe dans une léthargie profonde. Mais, de la même manière que Charcot s’axait sur l’étude des corps pour avancer dans ses recherches, la parole laisse place aux mouvements pour basculer vers un voyage dans le temps qui découpe la pièce en saynètes drolatiques.

Utérus, l’origine du mal 

Quand on se penche sur l’histoire de l’hystérie, on découvre son étymologie ouvrant la porte à un sexiste qui a traversé les siècles. La première théorie d’Hippocrate qui fait de l’utérus un petit animal mobile dans le corps et qui se déplace en provoquant les symptômes de l’hystérie pourrait prêter à sourire, si on ne savait pas que jusqu’au début du 20e siècle, courir trop longtemps était déconseillé aux femmes, sous prétexte que leur utérus pouvait se décrocher. Ysteria s’attaque aux préjugés, sans dénoncer frontalement de manière didactique, mais en quittant l’univers presque universitaire de la conférence, pour des intermèdes fourmillant d’inventivité scénique et laissant l’émulation du jeu s’exprimer pour le plus grand plaisir de la salle. Femme victime de son utérus, femmes sorcières brûlées sur le bûcher, les scènes oniriques tournant au burlesque offrent une énergie jubilatoire qui nourrit la thématique et donne un rythme tous azimuts, dans un déchainement du corps (et des coussins qui voltigent souvent), contrastant avec la paralysie provoquée par l’hystérie de conversion chez les deux patients. Loin de ne s’intéresser qu’au versant féminin, Gérard Watkins élargit le cadre à un cas masculin, qui permet de ne pas enfermer le débat. La conférence publique alterne avec des consultations privées, pour pousser l’introspection et offrir une belle performance de jeu aux cinq comédiens, Julie Denisse, David Gouhier, Clémentine Menard, Malo Martin et Yitu Tchang, et qui donnerait envie de dépasser les deux heures de représentation pour suivre leur évolution.

  • Ysteria
  • Texte, mise en scène et scénographie Gérard Watkins
  • Avec Julie Denisse, David Gouhier, Clémentine Menard, Malo Martin et Yitu Tchang
  • Crédit photos: Tomas Urich
  • Vu au TNBA 
  • Tournée Du 21 mars au 14 avril au Théâtre de la Tempête à Paris

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest