Théâtrorama

Youri

Fabrice Melquiot explore le fantasme de la pater -et mater- nité dans un concentré de drôlerie désacralisatrice où s’invite une cruauté jubilatoire. Décor savamment épuré et mise en scène à la lisière du surréalisme emportent le formidable duo Brochet-Rouve dans une farce qui évite le grotesque tout en provoquant beaucoup de rires.

Que peut-il bien se passer dans la tête d’une jeune femme qui revendique jusqu’à la dépression son droit le plus légitime et naturel d’être mère, surtout lorsque l’inaccomplissement de ce vœu provient du mari à la semence par trop faiblarde ? Voyant son horloge biologique tourner inexorablement, Agathe prend les choses en main de manière radicale : l’adoption forcée. En d’autres termes : le kidnapping. Débarque donc Youri ainsi baptisé car présumé russe par sa nouvelle « maman ». Le garçon d’environ vingt ans est muet comme une tombe…

La vie est un manège et ses fantasmes font tourner les têtes et se renverser les esprits. La mise en scène de Didier Long joue cette circularité en permanence, le décor, hors du temps à force d’être éminemment moderne, un peu à la façon des univers de Blier, épousant toute la cérébralité induite par le propos. Comme un carrousel, ce décor aux trois couleurs primaires, mène successivement sur le devant de la scène une des pièces de cet appartement flottant entre onirisme et réalité. Les êtres s’y débattent comme dans une prison de folie, permettant au dialogue d’explorer toutes sortes de situations délirantes.

Le parti d’en rire
Car même si le sujet est grave et pourrait susciter une empathie terrible du spectateur, c’est la tangente de l’humour qui est délibérément choisie. Ce ton qui désacralise le potentiel pathétique du propos est bel et bien celui de la comédie avec un zest de grossièreté, un soupçon d’ironie et des situations inattendues scénarisées juste ce qu’il faut pour traduire la mince lisière entre le grotesque et l’analyse sociétale. Jean-Paul Rouve s’avère très à l’aise dans ce rôle de père dépassé, sans jamais sombrer dans le ridicule ou le pathos. Quant à Anne Brochet, elle livre une composition délicieuse, montrant une fois de plus sa puissance phénoménale de jeu et prouvant son aisance confondante dans le registre de la comédie.

Sans apporter de réponse aux questions qu’il soulève, cet ovni théâtral s’achève toutefois sur une certitude (on gardera sous silence la toute dernière réplique…) : la vie peut rendre fou. Il en faut peu pour que le manège s’emballe…

[note_box]Youri
De Fabrice Melquiot
Mise en scène : Didier Long
Avec : Jean-Paul Rouve, Anne Brochet, Jacques de Candé
Assisté de : Jeoffrey Bourdonnet
Décors : Jean-Michel Adam
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz
Lumières : Laurent Béal
Illustration sonore : François Peyrony[/note_box]

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