Théâtrorama

Volpone

De l’excellent théâtre qui va chercher toute la modernité dans un sujet vieux de quatre cents ans. Une adaptation réussie et magistralement menée par de formidables comédiens. Un immanquable divertissement que rehausse une ingénieuse analyse des comportements humains.

Volpone se meurt. Tout au moins, cherche-t-il à le faire croire pour mieux détrousser l’aréopage de vautours qui se succèdent à son chevet dans l’espoir d’être couchés sur son testament. Ainsi se présentent un avocat, une prostituée, un marchand et un vieux gentilhomme, gluants de flagorneries et de fausses attentions dont se délecte le maître des lieux qui, alité et secondé de son très efficace valet Mosca, tire toute les ficelles de cette grosse mascarade.

Sujet on ne peut plus moderne à force d’intemporalité, cette histoire qui flingue avec une jubilatoire méchanceté la cupidité mielleuse de notables poussiéreux semble arriver à point nommé dans la morosité ambiante. Deux « Volpone » en moins d’un an (1) : qu’est-ce qui peut bien motiver des compagnies de théâtre ? Le besoin de faire rire n’est vraisemblablement pas le seul à présider, l’éclatante emprise du propos sur notre société vénale à tous les niveaux pouvant amplement justifier le second opus annuel de cette pièce médiévale.

Un décor tombeau
C’est dans un décor délicieusement iconoclaste que se déroule cette intrigue à laquelle Nicolas Briançon a su donner un coup de jeune, optant même pour une fin différente de l’originale. Une immense salle de coffres forts enterre les protagonistes autour desquelles s’affairent des chorégraphes déguisés en corbeaux. La Camarde ainsi convoquée dès les premiers instants n’a plus qu’à attendre patiemment son heure qui viendra en fin de spectacle même si son ombre plane en permanence, ses parangons de mesquinerie aveuglés de convoitise au chevet du pseudo moribond étant, sinon morts, déjà loin de la vie, la vraie.

Cette intrigue machiavélique qui n’hésite pas notamment à pousser un époux jaloux à prostituer sa femme pour parvenir à ses fins et que résume magnifiquement une phrase, « La conscience, c’est la vertu des pauvres », est magistralement menée par des comédiens au sommet. A leur tête, l’immense Roland Bertin qui, loin de tout cabotinage, prend un réel plaisir à camper ce vieillard fielleux, brillamment secondé par Nicolas Briançon dans le rôle du valet Mosca. Incontestablement du beau théâtre qui, certes doté de gros moyens, a su les utiliser au service d’un spectacle de qualité, à la fois drôle et intelligent.

(1) : une autre adaptation de la pièce de Ben Jonson a fait les beaux soirs du Ranelagh d’avril à juin 2012
Volpone

[note_box]De Ben Jonson
Mise en scène par Nicolas Briançon
Adaptation : Nicolas Briançon et Pierre-Alain Leleu
Avec Roland Bertin, Nicolas Briançon, Anne Charrier, Philippe Laudenbach, Grégoire Bonnet, Pascal Elso, Barbara Probst, Matthias Van Khache et Yves Gasc
Décors : Pierre-Yves Leprince
Lumières : Gaëlle de Malglaive
Costumes : Michel Dussarat
Photo : Richebé
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