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Clément Poirée vers « une théâtralité en apesanteur »

La Vie est un songe mis en scène par Clément Poirée« L’homme est celui qui vit dans la réalité avec la conscience que c’est un songe d’où un jour il faut se réveiller ». Partant de ce postulat, Pedro Calderón de la Barca né à Madrid en 1600 et auteur de plus de deux cents textes dramatiques, écrit « La Vie est un songe » en 1635. On dit que cette pièce qui raconte la colère, la rage, les désirs et les pulsions aurait pu naître d’un incident de la vie même de son auteur, qui, dit-on, dans un élan de rage a tué un homme. Clément Poirée, nouveau directeur du Théâtre de la Tempête, s’attaque à cette pièce-monde qui échappe aux règles de l’écriture dramatique. Il nous immerge dans un univers de visions aux contours imprécis, cherchant à conduire le spectateur dans, dit-il, « une théâtralité en apesanteur ».

Prédestiné à la colère

Basile, roi de Pologne et fervent astrologue, vit dans la certitude que son fils Sigismond deviendra un tyran violent et nocif. La mort en couches de sa femme finit de le convaincre. Il met Sigismond au secret et cache son existence au monde. Les années passent. Pris de remords – ou plus sûrement de vanité – Basile décide de lui redonner son rang le temps d’une journée. Si d’aventure, Sigismond se comporte mal, si la prédiction se réalise, le prince sera endormi et renvoyé dans son cachot. On lui dira alors que tout ceci n’était qu’un songe…

Dès l’ouverture, voilà le spectateur plongé dans une sorte de rêve éveillé. Glissant sans bruit sur un sol enneigé, des ombres masquées se déplacent. Armée en marche ? Visions de cauchemar? Créatures sorties des limbes ? Confirmant cette première impression se détache en contre-jour la silhouette d’un homme entravé par des cordes au fond d’une prison étroite : c’est Sigismond à qui Makita Samba prête toute l’énergie de sa présence charismatique, surveillé par Clothalde (Laurent Menoret), gardien d’une règle rigide et d’une loyauté sans faille.

La temporalité de la pièce est marquée par trois moments forts correspondant à trois journées et à trois réveils. Trois métamorphoses aussi qui vont conduire Sigismond de la soumission à la révolte et peut-être à la liberté. Trois duos également constituant trois visions du pouvoir : Sigismond/ Basile liés l’un à l’autre par un pouvoir occulte, Rosaura, sorte de jumelle de Sigismond et Le Clairon, porteurs d’un pouvoir ouvert, Astolphe /Étoile qui manigancent pour éliminer Sigismon et accéder au pouvoir. Donnant raison dans un premier temps aux prévisions du roi Basile, Sigismond se comporte comme une brute pulsionnelle qui entend jouir sans entraves de sa liberté nouvelle. De retour dans sa prison sur les ordres de son père, il est libéré par le peuple et accède peu à peu à la conscience,à la nécessité de réprimer ses pulsions et parvenir à une éthique de responsabilté induite par l’exercice du pouvoir.

Une pièce-monde

Conte métaphysique, la pièce est aussi une reflexion sur les instances du pouvoir juste, sur les aveuglements qui conduisent aux dérèglements politiques comme autant d’errements de l’âme humaine, y compris sous la forme de pseudo vertus : Rosaura aveuglée par l’honneur, Basile par la connaissance, Clothalde par la loyauté, Astolphe par la gloire…

La Vie est un songe mis en scène par Clément Poirée

Clément Poirée n’occulte aucun des chemins multiples qui s’entrecroisent. Chaque journée, chaque tableau, chaque enchaînement d’actions s’ouvre sur un réveil qui introduit un nouveau songe. Toute la construction dramaturgique de la pièce échappe à la moindre tentative de « réorganisation rationnelle ». Dirigeant une équipe d’acteurs engagés physiquement au plus près de l’action, Clément Poirée dégage chaque enjeu, assumant totalement une subjectivité qui nous conduit aux confins du fantastique.

« Quel est ce confus labyrinthe dont la raison ne peut trouver le fil ? » C’est dans cet enchevêtrement de péripéties invraisemblables, d’apparitions, de métamorphoses, dans le feu des passions et dans la réunion des opposés que la vérité inaboutie, étrange et morcelée peut venir au jour : réalité et songe en même temps.

La Vie est un songe
De Pedro Calderón de la Barca
Texte français : Céline Zins
Mise en scène : Clément Poirée
Collaboration artistique : Margaux Eskenazi
Avec : Louise Coldefy , Thibaut Corrion , Pierre Duprat , Laurent Ménoret, Morgane Nairaud, Makita Samba, Henri de Vasselot
Scénographie : Erwan Creff
Lumières : Kevin Briard assisté de Laurent Cupif
Costumes : Hanna Sjödin assistée de Camille Lamy
Musiques et son : Stéphanie Gibert assistée de Michaël Bennoun
Maquillages et coiffures : Pauline Bry
Régie générale : Farid Laroussi
Habillage : Emilie Lechevalier
Crédit photos : Antonia Bozzi
Durée : 2 h

Jusqu’ au 22 octobre au Théâtre de la Tempête
Du mardi au samedi 20h – Dimanche 16 h

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