Théâtrorama

Victor-Vitrac. Mêmes initiales, même nombre de lettres le nom résonne. Vitrac écrit « Victor ou les enfants au pouvoir » dans les années 20 et Artaud met la pièce en scène. C’est la période du Surréalisme, de la découverte de l’inconscient et de la psychanalyse freudienne.

Une tête à claques, c’est ce que l’on a envie de dire de Victor dès ses premiers mots. Il tourne tout le monde en bourrique. Il a le droit de tout faire car il est si intelligent disent ses parents et puis aujourd’hui c’est le jour de son anniversaire. On est le 12 septembre 1909, Victor a neuf ans. Vitrac, avait justement 9 ans en 1909. Avec la même innocence que Victor, on peut l’imaginer enfant en train de semer la pagaille dans la bonne société de Souillac où vit sa famille.

Pour fêter son anniversaire, tous les amis des parents de Victor sont réunis: les parents de son amie Thérèse, Thérèse elle-même, le Général Étienne Lonségur et Sarah, la bonne qui, bien que taillable et corvéable à merci, est peut-être la seule capable de maintenir un semblant de cohérence dans cet univers de fous. Victor a 9 ans, mais il mesure déjà 1m, 80. Il sent qu’il va mourir ce jour-là, mais avant il veut faire exploser les hypocrisies familiales, entre autres, la liaison à peine secrète entre son père et la femme de son ami fou, complètement fou…Dans cet univers au bord de l’implosion, surgit Ida Mortemart, une femme étrange qui souffre de pétomanie. C’est le visage du destin, la clef de voûte de ce souterrain familial, « le sphinx de la gloire et de la honte à l’échelle des petites gens » en a dit Vitrac.

L’enfant comme agent de subversion
Loin de la bonne conscience de la pièce de boulevard et de ses clichés, d’un monde adulte pourri face à l’innocence des enfants, « Victor ou les enfants au pouvoir  » joue sur une forme d’égalité des traitements. Victor est aussi machiavélique que ses parents et les conflits installés au sein de la famille et du groupe d’amis proches sont ceux d’individus étrangers les uns aux autres, sans aucune complicité, et où les enfants ne sont que le prolongement des adultes.

Avec la finesse élégante qui le caractérise, Demarcy-Mota dirige ses comédiens vers l’exploration intime des mouvements intérieurs de soi-même et des autres, pour y faire résonner les désarrois de la société actuelle. « Et cette marche permanente au bord du ravin n’aurait pu aboutir sans l’entente et la cohésion de toute une équipe qui a l’habitude de travailler ensemble », dit-il.

Thomas Durand et Anne Kaempf jouent les deux enfants de la pièce et donnent à leurs personnages l’empreinte d’une maturité pétrie de fragilité. L’un tout en révolte et en caprices, l’autre, toujours en recherche d’amour – ramassant au passage toutes les claques, y compris celles destinées à Victor qui y échappe toujours. Ils traversent la pièce comme des funambules, réunissant en eux tout le désarroi d’une enfance sacrifiée.

Travaillant sur l’envers du décor bourgeois, dans une scénographie baignée d’une lumière froide, Yves Collet fait tomber les murs. Si au début de la pièce, la première scène se déroule dans une « maison » aux murs transparents. En cassant volontairement un vase de grand prix, Victor fait littéralement voler les murs de la maison en éclats. L’extérieur et l’intérieur se mélangent, les feuilles mortes de la terrasse et le bassin du jardin se retrouvent au centre de l’espace scénique. Une énorme racine aux formes inquiétantes tombe du plafond. Cette présence mouvante donne l’impression que l’action se déroule peut-être au fond d’une tombe, dans un cimetière.

Vitrac démonte les pulsions et pouvoirs familiaux. Il joue avec les codes du théâtre bourgeois en racontant une histoire d’adultère avec la convention d’hypocrisie qui s’y attache. Cependant la plus grande subversion vient de la présence de cet enfant dans les scènes de la vie conjugale et qui devient dangereux, comme une sorte de serpent élevé dans le sein de la famille.

Perpétuant les déboires de la propre enfance de l’auteur pris à témoin dans les disputes de ses parents, Victor, à la destinée de « Prophète inutile », transcende l’éducation ou l’absence d’éducation. À l’instar du bon petit Diable de la Comtesse de Ségur ou du Petit Poucet, il sème des embûches sur son chemin pour échapper aux loups et aux renards.

En dévoilant les inconséquences et les agissements cachés du monde des adultes, Victor finit par trouver une porte qui ouvre sur un autre monde, celui d’une forme de surréalité qui est l’apanage de l’enfance ou des poètes.

[note_box]Victor ou les enfants au pouvoir
De Roger VITRAC
Mise en scène d’Emmanuel DEMARCY-MOTA
Scénographie & Lumière : Yves COLLET
Avec Thomas Durand, Serge Maggiani, Élodie Bouchez, Sarah Karbasnikoff, Anne Kaempf, Hugues Quester,Valérie Dashwood, Philippe Demarle, Laurence Roy,Stéphane Krähenbühl
Crédit photos : Jean-Louis Fernandez 56[/note_box]

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