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Véra, un casting impérial

Et si la réunion des talents ne donnait rien ? Et si un projet parfait sur le papier se transformait, par une inexplicable disgrâce, en spectacle un peu triste ? Le phénomène a déjà été observé. Le Théâtre de Paris,  avec sa reprise de Véra, une pièce du tchèque Petr Zelenka créée en 2016 à Caen et joliment adaptée par Pierre Notte, prouve au contraire que les talents se répondent pour se renforcer.

L’atout du rythme

Le duo Elise Vigier -Marcial Di Fonzo Bo régale les amateurs de théâtre depuis 20 ans et rien ne s’érode. Leur inventivité irrigue du début à la fin un spectacle de deux heures qui évite, c’est si rare, la moindre longueur. Le rythme est là, l’intelligence du propos aussi tout comme la distribution, éblouissante. À eux six, ils incarnent vingt personnages. Il est bien sûr permis de rêver d’une reprise à venir où chacun serait incarné par un comédien différent, c’est la seule réserve.

Tête d’affiche

Dans le rôle principal, Karin Viard incarne une odieuse créature du siècle. Directrice de casting dans un pays de l’Est plein de cicatrices, c’est une Miranda (le personnage du Diable s’habille en Prada) ultra-capitaliste, sans culture ni grand dessein. Violente, agressive, calculatrice, elle amasse les sous et maltraite les comédiens. Karin Viard lui donne de la vie, du nerf. Sans la juger ni l’excuser, elle s’impose sans artifice boulevardier et sans piquer la scène à quiconque. C’est équilibré, touchant sans être larmoyant, c’est superbe. La solitude de Véra lui explose au visage, les brèches se dévoilent au grand jour et l’héroïne bascule de son piédestal. On se prend à rêver de voir beaucoup plus souvent Karin Viard sur une scène, tout comme Héléna Noguerra, qui a tout le répondant pour conquérir les scènes. La mise en scène et la scénographie servent les comédiens, la vedette comme tous les autres. Tout est pertinent, il n’y a pas de fausse note avec cette distribution à l’unisson. Ceux qui ne savent pas encore que les deux femmes sont aussi de grandes comédiennes de théâtre auront la joie de le vérifier.

Les bonnes séquences

La mise en scène enchaîne les séquences et les plans quasi cinématographiques. Un effet amplifié par la présence d’écrans qui filment les conversations d’ascenseur, lieu clos où la parole se libère. Les trouvailles de la scénographie signée Marc Lainé et Stephan Zimmerli, sont pimentées de quelques passages chantées. Ce découpage laisse de la place à la langue d’un joli texte corrosif, qui évite la lourde démonstration anti-capitalisme et le boulevardier potache. Le rire qui surgit n’a rien de gras, il flirte avec un burlesque plein d’esprit, pour une excellente soirée de théâtre.

 

Véra
Texte : Petr Zelenka
Traduction et adaptation : Pierre Notte
Mise en scène : Elise Vigier et Marcial Di Fonzo Bo
Avec Karin Viard, Héléna Noguerra, Lou Valentini, Rodolfo de Suza, Pierre Maillet en alternance avec Jean-Luc Vicent, Marcial Di Fonzo en alternance avec Clément Sibony
Scénographie : Marc Lainé et Stephan Zimmerli
Lumières : Bruno Marsol
Chansons et musique : Pierre Notte
Arrangements : Etienne Bonhomme
Crédit photos : Tristan Jeanne Vallès

Au Théâtre de Paris à partir du 13 mars

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