Théâtrorama

Que c’est bon l’insolence ! De celle qui mélange le beau et le laid, le tragique et le comique, qui joue sur tous les tableaux surtout sur celui du politiquement incorrect.

Avec cette « Uruguay Trilogie », Gabriel Calderón, comédien, metteur en scène et auteur uruguayen revient en deuxième saison au Studio Casanova Théâtre des Quartiers d’Ivry, toujours en complicité pour la mise en scène avec Adel Hakim. Reprise en français de « Ore » et « Ouz », programmés la saison dernière auquel est adjoint un troisième opus en espagnol surtitré « Mi muñequita » (« Ma petite poupée »).

« Uruguay Trilogie » est l’occasion d’explorer la folie familiale, celle qui occasionne sous des prétextes de gentillesse, de protection, les déflagrations les plus totales en soumettant l’être aux dicktats les plus terribles. La folie familiale permet à Calderón d’aborder les grands thèmes de la globalisation : le terrorisme, la violence, les guerres, la sexualité, le refoulement, le vertige de l’avenir et la hantise du passé. C’est le lieu de tous les dangers avec ses non-dits, ses désirs inavoués et qui devient ainsi le microcosme grossissant de la domination de l’autre.

Calderón subvertit les codes de la tragédie, de la comédie musicale ou non et pousse ses personnages vers l’hystérie et le délire, donnant de nouvelles définitions à la paranoïa et à la schizophrénie à l’œuvre dans le monde.

« Mi muñequita » définie comme une tragédie musicale farcesque déroule une histoire étrange qui soulève les tabous d’un cocon familial idéal qui finirait dirigé par les démons cachés des poupées Ken et Barbie, aux cheveux noirs et passés du côté trash.

« Ouz », met à jour un engrenage qui va contribuer en fin de parcours à renverser les situations et à faire éclater la bulle des vertus, des apparences physiques ou sexuelles, des bonnes manières et des hypocrisies.

« Ore » joue sur l’abolition des différences sexuelles ou générationnelles et nous entraîne vers une folie en forme de comédie des erreurs.

Politiquement incorrect
Résolument subversif, le théâtre de Calderón se développe selon un modèle social en apparence sans histoires pour mieux le faire exploser de l’intérieur. Avec un humour cruel, usant de la provocation, de l’ironie et d’une satire féroce, il fait de la famille avec ses hiérarchies et ses mensonges, la cellule politique primordiale.

Portés par des acteurs magnifiques -uruguayens et français- dont l’engagement physique ne se relâche jamais, les histoires se déroulent poussées par une énergie souterraine inéluctable. Sous la conduite de metteurs en scène farceurs, sous une façade faussement joviale, nous est tendu le miroir terrible qui reflète les abîmes de notre humaine condition.

Chaque situation, chez Calderón est poussée vers le paroxysme, à un point de non-retour au-delà duquel elle ne peut qu’exploser. Tout paraît normal dans cet univers-là à condition de ne pas soulever le couvercle de ce chaudron dans lequel mijotent les turpitudes les plus inavouables. On se régale avec gourmandise de ces cauchemars qui abolissent toutes les distances et les différences et qui nous offrent un plaisir théâtral indéniable.

Uruguay trilogie
De Gabriel Calderón
Mise en scène : Adel Hakim
Du 29 septembre au 19 octobre 2014 au Théâtre des Quartiers d’Ivry

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