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Une chambre en Inde : une quête du spectacle

Une chambre en Inde, une création du Théâtre du SoleilUne chambre en Inde – Une fois n’est pas coutume, commençons par la fin. Quinze minutes de standing ovation d’une salle comble, qui, au bout de quatre heures, retenait encore les acteurs de Une chambre en Inde, le dernier spectacle du Théâtre du Soleil, dirigé par Ariane Mnouchkine.

Émouvant, drôle… Même en accumulant les qualificatifs il est difficile de définir ce spectacle qui tourne encore et toujours autour de ce questionnement à la base de toute production du Théâtre du Soleil : qu’appelle t-on théâtre ? De quoi est-il fait ? Quel sens lui donner ?

Ici, l’argument de la fable est un simple canevas autour duquel l’ensemble des acteurs a improvisé : Une troupe de théâtre est coincée en Inde. Elle a perdu son directeur qui, suite aux attentats est parti, car il se sentait complètement désemparé et à bout de force. Ils ont dépensé tout l’argent du voyage et sont censés annoncer un projet dès le lendemain ! La pauvre Cordélia ne sait plus à quel saint ou à quel dieu indien se vouer… En attendant elle dort ou tout au moins essaie de dormir…

Une chambre en Inde, interrogation permanente

Une chambre en Inde, une création du Théâtre du Soleil

Le spectacle est donc une quête du spectacle et une interrogation permanente du spectacle lui-même. Qu’est-ce qui fait théâtre ? L’actualité ? Les grandes questions du moment ou de l’histoire ? Dans le sommeil agité de Cordélia, (Hélène Cinque totalement déjantée et très drôle), interrompu certaines nuits par les coups de fil intempestifs de l’administratrice à Paris qui oublie le décalage horaire, surgissent des personnages, des situations, des tourments, des préoccupations du quotidien ou des reflets du pays où elle se trouve. Mêmes les dieux du théâtre indien viennent la visiter dans son sommeil.

Une chambre en Inde, une création du Théâtre du SoleilDe fait, la charpente véritable de la construction de la pièce provient du Therukkuthu, un théâtre populaire du Tamil Nadu, une province de l’extrême sud de l’Inde, joué par et pour les basses castes. Ancêtre du Kathakali, il présente lui aussi les épopées du Mahabarratha et du Ramyana. Ce théâtre recèle des possibilités concrètes de comédie, affirme Ariane Mnouchkine. Loin de faire un spectacle autour de cet art du théâtre indien, elle l’introduit comme un fil conducteur qui raconte notre monde moderne. Ici le rire est une forme de pudeur pour ne pas pleurer des attentats, du chaos du monde, de la progression de Daesh… Histoire de mettre aussi son grain de sel et de résister aux idéologies en marche, aux dictateurs de tous bords qui veulent nous imposer une simplification biaisée des problèmes de ce bas monde.

Au centre du spectacle, l’Inde

Une chambre en Inde, une création du Théâtre du SoleilAu centre du spectacle une chambre en Inde. Contrairement aux derniers spectacles du Soleil qui se jouaient dans une scénographie complexe et mouvante, celui-ci se déroule dans le décor unique de cette chambre de la guest-house de Madame Sita Murti. Une chambre aux ombres douces, à la lumière tamisée par d’immenses persiennes, par lesquelles parvient le bruit incessant des rues d’un pays qui ne dort jamais.

Entre rêves et « visitations » se trouve convoqués le théâtre du monde, mais aussi Shakespeare et Tchekhov. Chaque situation pourrait suggérer le drame – les meurtres des talibans, le viol des femmes, les régimes liberticides, le pillage de la planète… – mais de la catastrophe et du tragique jaillit la dimension d’un comique irrévérencieux et assumé. Et l’émotion n’en est que plus forte. La troupe s’est formée au chant carnatique avec Emmanuelle Martin et aux techniques du Therukkuthu grâce au grand maître Kalaimamani Thambiran, dépositaire de cet art.

Dans une envolée de couleurs, avec une sincérité et une maîtrise totale, les comédiens parviennent à nous faire franchir la barrière des siècles, des frontières et des cultures. Le viol de Draupadi par le roi Duryodhana devient celui de toutes les victimes de viol dans des guerres qui n’en finissent pas. Parler du théâtre sur le plateau magnifique de la Cartoucherie établit une relation avec ces acteurs qui continuent à jouer Richard III sous les bombes en Syrie. Ce théâtre-là est décidément bien grand car il parle à notre cœur comme une force revitalisante « qui combat les désespoirs et la destruction pour garder vivants les sentiments humains et la tendresse ».

Une chambre en Inde
Une création collective du Théâtre du Soleil
Un grand merci à Ariane, à la quarantaine d’acteurs, chanteurs et danseurs et aux centaines de petites mains qui ont œuvré dans l’ombre…
Dirigée par Ariane Mnouchkine, en harmonie avec Hélène Cixous
Musique : Jean-Jacques Lemêtre
Chant Carnatique : Emmanuelle Martin
Et la participation exceptionnelle de Kalaimamani Purisai Kannappa Sambandan Thambiran, maître dépositaire de l’art du Therukkuthu
Durée : 4h environ (entracte inclus)

Crédit photo : Michèle Laurent

Du mercredi au Vendredi à 19 h 30, le samedi à 16 h, le dimanche à 13 h 30

À partir du 5 Novembre 2016 au Théâtre du Soleil

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