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Un chêne de Tim Crouch mis en scène par Jean-Marc Lanteri

Un chêne de Tim Crouch hypnotise le publicUn chêne de Tim Crouch – Un hypnotiseur qui pratique l’hypnose foraine, est en tournée avec tout son matériel dans sa voiture. Un soir il écrase une petite fille qui va à sa leçon de piano. C’est un accident et l’homme est reconnu non coupable. Tout ressurgit lorsque le père de l’enfant s’enrôle comme cobaye dans son spectacle. Il reconnaît alors l’hypnotiseur responsable de la mort de sa fille et se fait reconnaître de lui…

Un chêne de Tim Crouch, comme un rêve éveillé

Racontée ainsi, la trame relève du mélodrame. Pourtant la forme étrange, inhabituelle du traitement de la représentation nous met face à une sorte d’objet théâtral non identifié ! Le texte existe certes, mais son auteur anglais, Tim Crouch, conçoit le théâtre comme « un art conceptuel. Il n’a besoin, dit-il, ni de décor, ni d’accessoires et n’existe que dans la tête du spectateur ». Si le texte fait la part belle à l’imagination du spectateur, la précision du dispositif fait penser aux pièces de Beckett qui écrivait ses didascalies avec cette même précision quasi maniaque. La mise en scène de Jean-Marc Lanteri, qui assure aussi la traduction du texte, est d’une fidélité totale aux indications de l’auteur et se met au service de ce processus qui relève d’une certaine façon de la performance tout en la dépassant.

Représentation réinventée

Le public est disposé de façon bifrontale. Sur le plateau, un rond dessiné à la craie et quelques chaises, une lumière minimale diffractée par une boule dessine l’espace, ici la baraque foraine de l’hypnotiseur (Marc Bertin). Face à lui, chaque soir un acteur ou une actrice différente qui ne connaît pas le texte une heure auparavant et va le découvrir au fur et à mesure. Le texte est lu ou murmuré à l’oreille par l’hypnotiseur puis répété. Si le travail sur le plateau fait penser à une répétition de théâtre, la présence des spectateurs, l’étonnement parfois de l’acteur donnent une impression de déséquilibre permanent qui laisse la place à toutes les opportunités. L’acteur est une coquille vide qui se remplit des mots de l’hypnotiseur, devient-il alors le rêve de l’auteur ou celui de l’hypnotiseur ? Les strates de jeu s’enchâssent les unes dans les autres.

« Vous dites…Je dis… »

« Vous dites… je dis… », ces deux phrases distribuent la parole entre les deux personnages d’Un chêne de Tim Crouch, comme un jeu enfantin. Le texte ne manque pas d’indications naturalistes – l’odeur de la terre, la couleur du grain de la nuit, le son de la pluie, les lumières, l’arrivée de la police chez les parents…Parce qu’il n’a pas voulu voir le corps de sa fille morte, le père a trouvé, dit-il, un sens à cette mort inacceptable en transformant la substance de l’enfant en un arbre. Le texte mis en abyme constant laisse toujours un flottement entre l’hypnotiseur qui mène le jeu au début et le père qui, peu à peu l’entraîne vers sa croyance, à savoir la transformation de sa fille en chêne. Alors que l’imaginaire du père se transporte dans celui du spectateur, le jeu entre l’hypnotiseur et le père glisse peu à peu du jeu à deux vers un « je » pour deux. Les paroles se confondent, se font écho, se répètent alors que s’apaisent la douleur de la perte de l’enfant, la culpabilité et l’écrasement d’un destin inéluctable.

Entre performance et autofiction, le texte est dérangeant, la représentation a volé en éclats, mais il reste indéniablement la présence de cette histoire dans l’imaginaire du spectateur qui nous rappelle que le théâtre, comme le soulignait Shakespeare, est toujours tissé de l’étoffe de nos rêves y compris les plus fous ou les plus terribles.

Un chêne
Texte : Tim Crouch (Titre anglais An oak tree-Ed.Oberon books)
Traduction & Mise en scène : Jean-Marc Lanteri
Avec Marc Bertin
Et un acteur ou une actrice invité(e), chaque soir différent(e) : Jean-Pierre Baro, Xavier Béja, Dominique Boissel, Géraldine Bourgue, Arnaud Churin, Christophe Huysman, Bernard Nissille, Catherine Fourty, Mélanie Leray, Anne Massoteau, Pauline Moulène, Lola Naymark, David Noir, Benoit Peillon, Violaine Schwartz, Manon Thorel, Esther van den Driessche, Valery Volf et Emmanuelle Wion.
Durée du spectacle : 1h10
Crédit photo : Vincent Jarousseau
Du mardi au samedi à 20h30

Jusqu’au 5 novembre à la Maison d’Europe et d’Orient-théâtre du Viaduc

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