Théâtrorama

Un Caprice

Sans toucher un mot de la pièce de Musset, trois jeunes comédiens épatants font ressortir toute sa modernité, soutenus par deux partis pris de mise en scène diablement bien assumés. Et sous les voûtes de l’Essaïon, c’est encore meilleur !

Mathilde, jeune et belle femme, tendrement idéaliste confectionne à l’intention de son époux, qu’elle croit volage, une bourse dans laquelle elle a mis tout son amour et toute son ardeur. Elle s’aperçoit au moment de lui faire son présent que le bougre en possède déjà une, mais refuse d’en expliquer la provenance. Intervient alors Madame de Léry qui va le mettre à l’épreuve pour lui démontrer que cet objet incarne le caprice masculin, autrement dit le jeu de la séduction auquel s’abandonnent volontiers les hommes…
Moins connu que « Les Caprices de Marianne » ou « Lorenzaccio », « Un caprice » fait partie de ces petites pièces courtes de Musset qui explorent les thèmes chers à l’auteur, du badinage amoureux à la galanterie, de la place de la femme dans la société au mariage et ses parfois lourdes chaînes, le tout saupoudré d’un nuage d’humour.

Un caprice moderne
Trois époques se côtoient. Le 19ème, tout d’abord avec le texte, diamant brut, ce « théâtre difficile de Musset, tentant, harmonieux, semé de pièges » ainsi que le définissait Colette (1). La Belle Époque ensuite pour les costumes, cette période de toutes les audaces, de tous les progrès et bien sûr, pour faire le lien avec le propos du dramaturge joliment visionnaire, de l’émancipation du beau sexe. Enfin, un décor, résolument moderne, matérialisé par une immense toile abstraite aux couleurs de feu, renvoyant à celui qui habite les personnages.

Cette cohabitation qui brouille les pistes temporelles pour mieux sublimer la modernité du texte de Musset est délicieusement incarnée par des comédiens épatants qui prennent de toute évidence un plaisir quasi charnel à faire vivre leurs personnages. Fine et racée, Florence Cabaret (ah le joli nom que voici !) se fond avec délice dans cette madame de Léry, à laquelle elle insuffle cette coquetterie mâtinée d’un soupçon de perfidie. Séverine Cojannot nuance son jeu pour offrir une Mathilde ni trop soumise ni trop frondeuse. Leur partenaire, Sacha Petronijevic, dans la même tendance distille ce charme slave dont on sait les ravages qu’il peut engendrer et qui peut se retourner contre le charmeur. Soutenus par une mise en scène qui opte pour l’humilité, ils rendent au chef de file du théâtre romantique un bien bel hommage, sans emphase, sans débordement. Avec juste ce qu’il faut d’effets pour donner du relief au texte mais jamais trop pour éviter de sombrer dans la caricature.

« Le Matin » le 6 juillet 1921, paru dans le recueil des œuvres journalistiques « Colette journaliste », Editions du Seuil

Un caprice
D’Alfred de Musset
Mise en scène : Sylvain Ledda
Avec: Florence Cabaret, Séverine Cojannot, Sacha Petronijevic ou GillesVincent Kapps et Clément Goyard
Scénographie : Marguerite Danguy des Déserts
Lumières : Patrice Le Care et James Groguelin
Costumes : Catherine Lainard
Affiche : Michel Bouvet
Théâtre Essaïon, 6 rue Pierre au Lard, 75004 Paris (Métro : Châtelet ou Rambuteau)
Du 4 Octobre 2010 au 12 Janvier 2011
Les lundis, mardis et mercredis à 20 heures et dimanches à 18 heures (relâche les dimanches de décembre)
Réservations : 01 42 78 46 42
site web
Durée : 1h15

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