Théâtrorama

Un avenir radieux

Peut-on parler de l’actualité à travers les codes du théâtre naturaliste ?

Cette question se pose d’autant plus quand cette actualité s’avère particulièrement inquiétante. L’écrivain Gérald Sibleyras et le metteur en scène José Paul relèvent le gant. Même s’ils n’échappent pas à certains clichés, dans l’ensemble le pari est réussi.

Une jeune femme attend avec impatience la diffusion de l’émission « Star ». En effet, son fils est finaliste et il faut le soutenir en envoyant le maximum de SMS au moment du vote. Elle invite pour la soirée un homme qu’elle croise régulièrement à son travail. Il est banquier de son état et, au début, on ne sait pas trop quelles sont ses intentions, même si l’on subodore une aventure sentimentale (règle du genre). À la soirée viennent s’ajouter deux importuns : le frère de la jeune femme et sa nouvelle amie. Le frère est un galérien de l’emploi, qui cumule les petits jobs, et son amie est une performeuse qui, pour vivre, est vendeuse de produits bio.

Reflet sociétal
Les personnages, bien campés par des comédiens très efficaces, révèleront chacun l’un ou l’autre des excès de la société que l’auteur entend dénoncer. Une femme un peu naïve, menacée sans le savoir par une délocalisation et obnubilée par la réussite (factice) de son fils, un banquier aveuglé par les chiffres et qui fait perdre beaucoup d’argent à sa banque, un semi-looser à qui la société ne peut pas procurer d’emploi à temps plein, et une artiste déconnectée, qui s’accroche à ses bibelots bio.

Ces personnages évoluent dans une société qui ne va pas bien. Pas bien du tout même, et les solutions de sortie sont présentées comme inexistantes. Il faut trouver le « post-capitalisme » affirme le frère, dans l’hilarité générale. Les produits bio apparaissent comme des poudres de perlimpinpin, la réussite comme une injonction à la célébrité. Et que dire de cette célébrité pour elle-même… Les piteux commentaires du jury de « Star », retranscrits mot-à-mot par la jeune mère parlent d’eux-mêmes. Là encore, le rire est garanti.

On peut cependant regretter que les personnages obéissent à certains poncifs. Dommage par exemple de tomber dans le piège de la performeuse dont-on-ne-comprend-pas-ce-qu’elle-fait-mais-c’est-de-l’art-il-paraît. Dommage parce que ces poncifs atteignent parfois le scénario lui-même, lui coupant toute porte de sortie. L’absence d’alternative à ce monde finissant est présentée comme une vérité, alors qu’après tout il ne s’agit que de la vision d’un auteur. Que se passerait-il si une solution ou une ouverture était proposée ? L’auteur joue-t-il volontairement au lanceur d’alerte en grossissant le trait ? Veut-il de cette façon amener chacun à se poser de vraies questions ? 

En tout cas, si le projet de la pièce est de poser un constat social réellement désespéré tout en procurant le divertissement que les spectateurs sont venus chercher, force est de constater que le pari est réussi. On ressortira de cette pièce avec des réflexions plein la tête, doucement amenées par la légèreté et le rire.

Un avenir radieux
De Gérald Sibleyras
Mise en scène : José Paul
Avec Isabelle Gélinas, Grégoire Bonnet, Philippe Uchan et Anne-Sophie Germanaz
Au Théâtre de Paris du 4 septembre 2015 au 3 janvier 2016

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