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Trois ruptures, scènes de crise

Trois ruptures de Rémi De Vos Avec William Astre et Emilie PiersonLeur périmètre d’insécurité s’inscrit au sol et sur les corps : quatre bandes jaunes délimitent les scènes de crise pour ces Trois ruptures et se réfléchissent sur les tenues identiques de l’homme et de la femme. Lui et elle, l’un miroir de l’autre, amants, ennemis, s’échauffant et s’essoufflant au centre d’un ring imaginaire et comptant les coups de langue et les silhouettes abattues. Rémi De Vos leur fait prendre tout leur temps, celui d’un tempo désaccordé : première rupture en allegro, deuxième en moderato, troisième en furioso. Ce serait presque un opéra, mais qui se formerait depuis ses césures.

Trois temps, trois mouvements d’un concerto sombre ou d’une chorégraphie courte, trois contes cruels de la séparation. C’est un unique couple ou bien trois différents. L’homme et la femme se tiennent à chaque extrémité d’une droite, mais la séquente qui les traverse et les abat demeure quant à elle invisible. Elle se nomme « chienne », « pompier » ou encore « enfant », eux que l’on ne verra jamais, que l’on entendra parfois à peine ou qui se devineront derrière des objets (une gamelle pour la chienne, un téléphone qui ne répond pas pour le pompier, une musique de dessin animé pour l’enfant). Ils resteront des membres fantômes entre eux, déstructurant l’ensemble et brisant un semblant d’harmonie.

On ne saura pas grand-chose du passé de cet homme et de cette femme, et encore moins de ce qui les unissait ou les désunissait déjà avant le marquage grave au sol et l’ouverture des hostilités. Ils semblent n’avoir aucune autre histoire que celle qu’ils portent et qu’ils se donnent ici et maintenant. Tout s’inscrit dans leur présent implacable, sans répétition : ils disent et ils font, jouant une seule fois le drame absurde d’une résolution.

La séparation 

Le tragique de la rupture, qui s’envisage ici sous trois angles saillants, reste enfermé sous chair, frappant rarement les corps sauf dans une fureur qui se grave tant dans la langue que dans les esprits. Debout ou anéantis, l’homme et la femme ne sortiront pas de leur espace de vie peu à peu transformé en lieu de mort. Le rire, par les dialogues, naît d’une grimace pour en provoquer une autre. Le concret, par la situation, réveille par moment des fantasmes inassouvis, projetant une infinité de cas possibles sur et hors scène. Quelque chose bout à l’extérieur du huis clos qui ne cesse d’étouffer le dedans.

Les prétextes ont des noms différents mais des affects similaires : ils sont des liens tenaces mais virtuels conduisant à l’inacceptable et à la consommation de la rupture. Le premier rythme de cette « pièce de chambre », comme Sylvain Martin l’a imaginée à partir du texte de Rémi De Vos, est donné par une chienne. Lien bancal entre l’homme et la femme, la chienne, « Diva » prenant la place de la femme, achèvera de ligaturer le couple, le serrant très fort aux mains, puis à la gorge. Le deuxième rythme est incandescent, suggéré par un pompier dont l’homme tombe amoureux, faisant partir en fumée toute chance de liaison entre chaque membre du faux triangle. Enfin, le dernier est le rejeton du duo, cet enfant de trop faisant imploser le couple et mettant un terme à toutes les illusions.

Trois ruptures sont envisagées comme autant d’expériences, souvent sensorielles et référentielles – le goût d’un repas d’adieu troqué contre de la pâtée pour chien que l’homme fait manger à la femme par vengeance et qu’elle ne recrachera pas, comme pour empêcher la scène de se refaire et digérer ainsi la scission, la coup de foudre de l’homme pour un pompier changé en coup de feu, et la cloison entre des parents pauvres et leur enfant roi, chef d’orchestre supposé d’une sonate funeste et métaphorique. Trois temps, pour une variation syncopée, plaçant les êtres dans une cellule d’isolement.

Trois ruptures
Texte de Rémi De Vos (publié aux éditions Actes Sud)
Mise en scène de Sylvain Martin
Avec William Astre et Emilie Pierson
Costumes : La Compagnie de l’Astre
Musique : Stéphane Pompougnac
Lumières : Moreau
Crédit: Photo Larry Stokrat
À la Comédie Tour Eiffel  le 20 mai à 20h, le 21 mai à 18h30  et le 22 mai à 17h

 

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