Théâtrorama

Que l’on apprécie ou pas l’œuvre de Virginie Despentes, faite de coups de poing sonnant creux pour les uns, résonnant fort pour les autres, que l’on s’acharne à démonter un à un ses textes lamés de sentences acides, incarner ses assertions lapidaires achève de prolonger la fable. Elles sont trois filles, « bad lieutenantes » debout sur scène, comme trois crans d’arrêt : trois coups de bâton pour King Kong.

Elles toisent le public durant de longues secondes, viennent même parfois lui poser directement des questions embarrassantes. Ce soir-là, le public n’a pas répondu, mais il n’en pensait sans doute pas moins, à en croire les réflexions qui ont fusé au baisser de rideau – qui pour avaler sa part de révélation, qui pour ravaler sa part de courroux. Virginie Despentes tend une arme et tire à profusion, sur les autres mais aussi sur elle-même, assénant conformisme et bien-pensance.

Il fallait se servir de cette même carabine pour mettre en scène « King Kong Théorie », texte à mi-chemin entre l’essai et l’autobiographie, qui, comme chacun des textes de l’auteur, a suscité des réactions « pro- » et « anti- » nourries de la même encre que celle qui a aiguisé sa propre plume, rouge sang. Usant de cette arme du dire et de son vocabulaire sans détour, crument référentiel, Vanessa Larré fait basculer le témoignage du côté de l’expression, grâce à une triple personnification.

« Salut les filles »
Anne Azoulay, Valérie de Dietrich et Barbara Schulz déclament l’essai mot pour mot depuis un espace scénique symboliquement séparé en trois portions par deux colonnes, chacune figée dans cette délimitation aux premiers instants, toutes d’emblée encadrées à se tirer elles-mêmes un portrait de femmes, qui se révèlera forcément pluriel. Il s’agit de revenir sur les trois arrêts dans la chronologie personnelle établie par le texte initial : prostitution, viol et pornographie.

Les trois femmes investissent simultanément toutes ces étapes et se fardent et se transforment à chacune d’elles, dans des adresses franches, tout d’abord glaciales puis nerveuses, sensibles. Elles vident leur sac comme elles vident leur placard, se mettent à nu tandis que le texte se met en abyme, suggérant un road-movie sous guitare acide, des images plein-cadre pour ciseler les portraits, des scènes parodiques de poupées pornographiques, jusqu’au pastiche attendu de « King Kong ». Ce tableau d’insoumises ambitieuses, porté par une mise en scène aussi remarquable que le jeu des actrices, déploie un espace singulier qui se veut collectif et contient sa propre part d’explosifs, mimant une « révolution bien en marche », que l’on choisira d’entamer ou non.

King Kong Théorie de Virginie Despentes
Adaptation de Valérie de Dietrich et Vanessa Larré
Mise en scène de Vanessa Larré
Avec Anne Azoulay, Valérie de Dietrich et Barbara Schulz
A partir du 02 octobre 2014 au Théâtre de la Pépinière
Du mardi au samedi à 19h
Spectacle déconseillé aux moins de 16 ans

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