Théâtrorama

Entre poésie rocailleuse et actualité passée au broyeur de sa nonchalante perspicacité, Richard Bohringer fait danser ses maux et valser ses démons. Ça se passe à l’Européen mais la dimension est résolument universelle. Chapeau, l’artiste !

« Vous pouvez dormir », lance-t-il à la salle en guise de préambule. Certains sortiront avant la fin. Il ne fédère pas tous les publics, Bohringer ? Il semble qu’il ait même du mal à fédérer simplement son public… Il est vrai que la démagogie visqueuse n’est pas son truc. Il a tout et il fait tout pour dérouter, le père de Romane. Il ne caresse pas vraiment dans le sens du poil. La voix est rocailleuse, tonitruante parfois. Elle peut se faire inquiétante même. Avec ses airs de vieux dilettante, il donne l’impression d’être partout à la fois et donc nulle part. Ailleurs. Insaisissable, à coup sûr. Acteur qui écrit ou écrivain qui fait l’acteur ? Sornette bien parisienne que tout cela. Quittons donc Paris. Même si c’est beau une ville la nuit, oublions deux heures durant la capitale. On y reviendra juste le temps d’une vacherie sur les Velib, la mode du bio ou Paris plage.

Car pour accoster en pays « bohringien », mieux vaut penser à d’autres contrées que celle des bords de Seine en été. Contrées bien réelles, au bord intime de certaines rivières. Contrées moins perceptibles aux confins des âmes et des sentiments.

Entrons dans le réel absolu, celui du fleuve Congo. L’Afrique. Le continent entre rêve et réalité où « Les caprices d’un fleuve » scellèrent l’amitié du comédien, le temps d’un film, avec son cinéaste, Bernard Giraudeau. L’hommage est sobre. Inutile d’en faire des caisses. On l’aura compris au détour d’une anecdote imagée : ces deux là, voyageurs infatigables avaient la simplicité pour ligne de vie et l’amitié érigée en principe. Avec fougue, il nous emmène au Burkina le pays « où on vous court après pour vous rendre votre portable », en Mauritanie pour une étape qui devient expédition à cause d’une souche d’arbre qui a immobilisé le véhicule. Bohringer vibre en évoquant ce continent qui s’anime comme par enchantement par la force de ses mots. On traverse l’Océan. New York et une élégante prostituée le bras transpercé de piqures d’aiguilles…

La came. L’alcool. Entrons dans un réel plus nébuleux. Le fleuve capricieux se fait Styx. Sans concession, notre conteur nous embarque pour l’enfer. Un enfer dont il s’est sorti. C’est un ressuscité, Bohringer. Raison pour lui de croquer la vie à pleines dents sans se préoccuper du qu’en dira-t-on ou même du qu’en rira-t-on. Pourtant, on se marre. Beaucoup. Au détour d’un slam aventureux, une pique par ci, une algarade par là. Et le temps passe. Presque deux heures durant, cette scène de l’Européen se fait internationale, planétaire, mondiale. De tous les mondes. Le sien. Le nôtre. Au diable ceux qui sont allés voir ailleurs. Ceux qui sont restés ressortent de ce voyage-là des images plein la tête, le front dans les étoiles.

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] Traîne pas trop sous la pluie(site web)
Tradition orale
De et avec Richard Bohringer
Du 9 septembre au 3 octobre 2010
du jeudi au samedi à 20h30, dimanche à 17 heures
Durée : 1h45

L’Européen
5 rue Biot, 75017 Paris
Réservations : 01 43 87 97 13[/slider]

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