Théâtrorama

Une famille de théâtre

Les Chiens de Navarre sont une famille remaniée, dont la très intéressante créativité s’est nourrie d’une histoire de troupe intense. C’est dire s’ils connaissent leur sujet, pour le meilleur et pour le pire. Avec ce nouveau spectacle, les Chiens de Navarre atteignent une certaine maturité – si l’on peut dire -, et une vitesse de croisière qui nous fait désirer plus encore leur prochain spectacle. C’est comme un feuilleton des Monthy Python. On sait ce qu’on va aller voir, on en jubile d’avance et on est cependant toujours surpris.

Ici, à partir du sacro-saint inévitable et diabolique rituel du repas de Noël, la troupe s’empare du sujet des relations familiales. Tout y passe : du règlement de comptes avec les grands-parents soixante-huitards, à la fascination pour le bébé roi (une partie délicieusement infâme avec nudité intégrale et jet de couche pleine de caca dans le public), en passant par un catalogue exhaustif des diverses névroses familiales.

Le théâtre des Chiens de Navarre est cathartique. Il permet de se décharger de tous ses poids et de ses faux-semblants. Il donne le droit à la vulgarité en nous de s’exprimer sans pour autant qu’elle noie le regard critique (on n’est pas chez Hanouna). De ce point de vue, le moment de « théâtre sérieux » avec monologue médéen archi prétentieux bourré de « e » longs fait respirer le bon air du ridicule. Il nous met aussi face à nos regards contraints par la société à trouver beau ce qu’on apprécie pas forcément, ou ce qu’on n’a pas vraiment pris le temps de comprendre par crainte de ne plus faire partie du groupe. La culture devrait rester quelque chose d’intime et de sincère. Il faudrait rester fidèle à ses impressions pour pouvoir vraiment parler, débattre, évoluer.

Deux familles de théâtre

Chaque comédienne, chaque comédien a son grand moment, ce qui permet de rejoindre en profondeur ce que peut être une famille quand elle ne fonctionne pas (ce qui est souvent le cas) : un agrégat d’individualités fortes contraintes de vivre ensemble. Des inconnus qui se côtoient, qui s’étiquettent, qui s’aiment aussi, mais qui sont bien incapables d’exprimer cet amour ou de comprendre les autres au-delà de leurs propres obsessions. Et puis qui finissent par exploser, forcément.

La rencontre est belle entre les Deschiens invités sur le plateau – Lorella Cravotta et Olivier Saladin – et la troupe des Chiens de Navarre. Il y a là une jolie mise en abyme sur ce qu’est la transmission au sein d’une famille de théâtre – qui connaît elle aussi, comme on l’a dit plus haut, ses fâcheries, ses vacheries, ses moments sublimes -. Les Deschiens sont un peu les vieux cousins de ces autres chiens fous. Ils se réunissent pour un repas de famille foutraque et no limit. Pour le plus grand bonheur de tous les enfants de sept à soixante-dix sept ans.

  • Tout le monde ne peut pas être orphelin
  • Mise en scène Jean-Christophe Meurisse
  • Avec Lorella Cravotta, Charlotte Laemmel, Vincent Lécuyer, Hector Manuel, Olivier Saladin, Judith Siboni en alternance avec Lucrèce Sassela, Alexandre Steiger et la participation de Rosalie Chapellas Charron et de Adèle Schmitt-Sylvain
  • Crédit photo: Ph. Lebruman
  • Vu  à la MC 93
  • Du 21 au 28 janvier au ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie
  • Du 2 au 14 juin au Théâtre des Bouffes du Nord

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