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Timon d’Athènes au Théâtre de la Tempête-Cartoucherie

Timon d’Athènes – Le riche Timon vit entouré de flatteurs. Qu’ils soient sénateurs, marchands ou artistes, ils profitent tous sans vergogne de ses largesses. Seul, le philosophe Apemantus échappe avec ironie et quelque méchanceté au chœur des demandeurs. Acculé à la ruine, Timon se tourne en vain vers ceux qu’il avait comblés et organise un dernier festin…Abandonné de tous, Il s’enfuit d’Athènes pour mener sur une plage déserte une vie solitaire, jusqu’au jour où il découvre un trésor qu’il distribue avec malignité aux adversaires d’Athènes. Menacés par les troupes d’Alcibiade, les sénateurs viennent supplier Timon de retourner dans la cité où l’on est prêt à lui rendre justice… Mais Timon ne reviendra ni ne pardonnera, allant jusqu’au bout de sa haine du monde aussi extrême qu’inexpiable…

Timon d’Athènes mis en scène par Cyril le Grix

Timon d’Athènes – Un dédoublement de la réalité

C’est sur un plateau nu, au sol et aux murs qui réfléchissent la lumière comme autant de miroirs qui dédoublent la réalité, que Cyril Le Grix organise sa mise en scène. Les éléments du décor s’agencent comme des boîtes enchâssées les unes dans les autres et semblent surgir du plateau lui-même. Au début de la pièce, dominé par une peinture monumentale, hommage à la gloire et à la prodigalité de Timon, se succèdent, dans le palais de Timon, les festins, où sont invités les flatteurs de tous poils et les faux amis. Seul, Flavius, l’intendant de Timon, inquiet de la prodigalité de son maître, fait preuve d’une sincérité sans faille. Lorsque Timon perd ses richesses, l’immense tableau tombe et révèle en quelque sorte l’envers du décor : le rivage désert et la barque échouée sous laquelle Timon a trouvé refuge. Ces deux images fortes de la scénographie marquent les opposés de la pièce : richesse et pauvreté, grandeur et décadence.

Face au chœur des faux amis, Patrick Catalifo campe un Timon émouvant et entier dans ses engagements physiques. Élégant, affable et souriant pour incarner la prospérité de Timon, il devient haine, sarcasme et hurlements dans son exil volontaire. Enveloppé dans son manteau de misère et ses vêtements sales et déchirés, il se transforme en un imprécateur pétri de haine et de sarcasmes. Face à lui le charismatique Thibaut Corrion, dans le rôle d’Alcibiade, est le double actif de Timon et l’autre figure solitaire de la pièce qui saura, lui, retrouver le chemin d’un retour possible vers lui-même et les autres.

Timon d’Athènes mis en scène par Cyril le Grix

Une violence insidieuse

Donner et recevoir, prodigalité de Timon et avarice de ses amis sont au centre de la réflexion et du jeu des comédiens. En donnant son or, Timon croit naïvement que ses bienfaits lui seront rendus. La mise en scène de Cyril Le Grix interroge surtout le système des échanges au sein de la société et stigmatise le manque de reconnaissance des débiteurs de Timon. Le point de vue est essentiellement moral et laisse un peu de côté la perversion éventuellement sous-jacente du don. Que cache réellement la prodigalité de Timon ? Qu’a-t-il à se faire pardonner ? Quels jeux de pouvoirs met-il en place par ces largesses sans limites ?

Ici la dialectique du don et de la dette, du cadeau et du retour, atteint des limites précises et folles. En refusant de revenir, Timon crée implicitement une sorte de dette à perpétuité à la cité d’Athènes tout en se condamnant lui-même à un exil sans retour possible. « La violence dans [Timon d’Athènes], dit Cyril le Grix, n’est pas sanglante (…) donc pas aussi visible que dans d’autres tragédies de Shakespeare, mais elle revêt , comme dans nos sociétés contemporaines, une forme beaucoup plus insidieuse (…) ».

C’est avec Le Roi Lear que Timon d’Athènes offre la plus grande affinité : l’ingratitude y est source de folie et les actes de générosité mettent à la merci de débiteurs sans scrupules. Égoïsme, avidité cachée, orgueil aveuglent les personnages. À partir de telles données, toutes les nuances se perdent pour laisser la place à la radicalité et aux extrêmes avec « la mort comme seul soleil ».

Timon d’Athènes
De William Shakespeare
Traduction Jean-Claude Carrière
Éditions Centre international de création théâtrale
Adaptation et Mise en scène : Cyril le Grix
Collaboration artistique et chorégraphie : Emilie Delbée
Scénographie : Benjamin Gabrié
Avec Patrick Catalifo Xavier Bazin, Philippe Catoire, Thibaut Corrion, Thomas Dewynter, René Hernandez , Maud Imbert,Jérôme Keen, Alexandre Mousset, Carole Schaal.
Lumière : Carole van Bellegem
Costumes : Cécile Box et Maguelone Jacquemont
Composition musicale et Création Sonore : Julian Julien
Et avec la participation artistique du studio d’Asnières – ESCA
Aksel Carrez, Ghislain Decléty, Valentin Fruitier , Thomas Harel, Jérémy Hoffman-Karp.
Musiciens Karim Touré percussions // Florent Hinschberger trompette // Jon Lopez De Vicuna Saxophone ténor, baryton et flûte traversière.
Durée : 2 h
Crédit photo : Antonia Bozzi

Jusqu’au 2 Avril 2017 au Théâtre de la Tempête-Cartoucherie

 

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