Théâtrorama

Tilt

Enfant caché de Dubillard et Blier qu’aurait adopté Boris Vian, Sébastien Thiéry, auteur qui laisse parler ses personnages autant que leurs silences s’offre le génial Bruno Solo pour un spectacle désopilant, désenchanté et d’une irrésistible drôlerie. Immanquable !

Florilège des textes de Sébastien Thiéry qu’il a remaniés pour la scène, « Tilt » va aussi sûrement cueillir les spectateurs qu’il va en laisser sur le bord de la route. L’auteur de la cultissime mini-série « Maman » avec l’inénarrable Françoise Christophe possède cet art délicat de faire rire sur des sujets graves, de distiller l’humour là où on l’attend le moins et de laisser planer l’ombre d’un désenchantement dès qu’il assène de sa verve vitriolée les vérités sur un monde en déliquescence. Pas forcément fédérateur, donc…

Un restaurant vide. Arrive un premier client. Quelconque, fringué comme un VRP. S’assoie et attend. Un second fait son entrée, s’installe à la même table sans un mot, lorgne la patère déjà prise, s’en agace silencieusement et pose son paletot sur le dossier de la chaise. Coups d’yeux en biais comme si l’espace vital soudain réduit devenait irrespirable. L’ouverture du dialogue va déjouer la crispation ambiante et sceller une amitié naissante…

Le dialogue comme ciment…
« Il faut dire les choses pour se faire entendre » faisait dire Bertrand Blier à Miou-Miou dans « Tenue de soirée ». Même si les silences s’avèrent parfois très parlants entre ces deux personnages, leur besoin de communiquer domine, leur nécessite impérieuse d’en découdre avec ce mal du siècle qui nous « fait le cœur à la traîne » pour reprendre la formule de Barbara dans sa déchirante chanson « La Solitude ».

L’allusion à Blier n’est pas fortuite. L’entrée en matière y fait songer et Sébastien Thiéry se revendique de l’auteur de « Buffet froid » dans l’art d’injecter un décalage, une folie, un zeste de surréalisme dans des personnages d’une aussi confondante banalité que des représentants de commerce ou des comptables auxquels il fait vivre des existences invraisemblables. Les situations peuvent arpenter des chemins tortueux pour ne pas dire scabreux, jouant avec la mort où le handicap. Mais le rire l’emporte.

Sur scène, Sébastien Thiéry fait des merveilles et mène le décalage de son phrasé dans son jeu avec beaucoup d’élégance. Il est porté, il faut bien le dire, par un Bruno Solo proprement génial. Le comédien phare des séries télé à succès et que s’arrachent les cinéastes après son triomphe dans les trois « Vérité si je mens », livre une performance qui relève du cas d’école. Sa force dans la retenue, son énergie à intérioriser en jouant de tout son corps et son visage, sa diction aussi parfaite que nuancée le mènent vers des chemins (inexplorés ?) dont la seule comédie ne balise par le parcours. Ca fait tilt à tous les coups. Partie gagnante pour le spectateur…

[note_box]Tilt
De Sébastien Thiéry
Mise en scène : Jean-Louis Benoit
Avec Bruno Solo, Sébastien Thiéry et Antony Cochin
Décor : Jean Haas
Lumières : Jacques Puisais
Costumes : Marie Sartoux
Photo : Brigitte Enguerand
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