Théâtrorama

Marcus Borja au Théâtre de la Cité Internationale

Théâtre de Marcus BorjaMarcus Borja innove… Au grand étonnement de tous, on dépasse la salle de spectacle pour être dirigé vers une porte dérobée qui donne sur le fond de la scène. Des chaises disposées en rond accueillent les spectateurs. Au centre et derrière les chaises un espace vide. Un seul projecteur éclaire la salle. Celle-ci ne bruisse pas des conversations d’avant spectacle. Chacun se regarde un peu intimidé.

« Théâtre », le spectacle conçu et mis en scène par Marcus Borja, a de quoi déstabiliser puisqu’il dynamite tous les codes habituels du spectacle théâtral et se déroule dans un noir total. L’unique projecteur s’éteint ainsi que les petites lumières vertes des issues de secours. On ne distingue pas son voisin et on ne voit même pas ses mains. Noir absolu, sans étoiles et avec pour seule boussole nos oreilles. Les yeux se ferment instinctivement et même le regard se met à l’écoute, tourné vers l’intérieur.

Des glissements, des souffles, des déplacements autour des spectateurs, puis des cris ou des rires de femmes, des murmures dans une langue étrange aux sons gutturaux ou aux voyelles sifflantes. Bain sonore de début du monde alors que monte un lied de Mendelssohn, un air d’opéra, un chœur soutenu par des pas frappés sur le sol ou des claquements de mains. Les voix tournent autour des spectateurs alors que l’on peut reconnaître le texte des sorcières de Macbeth, ici ou là un extrait de « Lucrèce Borgia » de Victor Hugo ou les femmes de « La maison de Bernarda » de Lorca. Des lambeaux de textes connus ou pas en anglais, français, mais aussi en créole ou en hindi, en zulu ou en russe encerclent et entourent chaque spectateur d’une matière poétique uniquement portée par la voix.

Une autre fréquence du monde

Théâtre de Marcus BorjaLe théâtron, à l’origine, c’est le lieu d’où l’on voit. En choisissant de limiter son spectacle à la seule écoute, Marcus Borja en donne une définition la plus réduite possible, obligeant les spectateurs et les acteurs à une traversée toute intérieure loin du quotidien ou de l’extraordinaire des situations. La fable a explosé, le jeu théâtral s’est dépouillé de toutes ses ficelles et de ses vanités. Plongés dans le noir, acteurs et spectateurs font l’expérience de l’authenticité et de la confiance totale qui conduit peu à peu les uns et les autres à percevoir d’autres fréquences du monde et d’autres vibrations.

La musique au centre du spectacle accompagne les états émotionnels sans les illustrer. Ici on joue du contrepoint, les harmonies musicales s’opposent ou s’harmonisent, le texte n’est qu’un objet sonore parmi les autres : instruments, chansons, cris ou bruits de toutes sortes. Les langues s’entrechoquent, se répondent. Les sons de ce théâtre portés par ces voix jeunes, rocailleuses, aigües ou basses nous mettent à l’écoute des voix d’un monde illimité, beau dans sa diversité et porté par sa seule imagination. Sans le regard qui ouvre parfois le préjugé, dans la fragilité commune que provoque le noir qui unit spectateurs et acteurs, les frontières s’abolissent et ouvrent à la réalité de cet autre qui pourrait être moi. « Ce qui m’intéresse le plus au fond, précise Marcus Borja, est qu’acteurs et spectateurs puissent accueillir les hasards du présent et des présences qui se mettent en relation dans un même espace de jeu et d’écoute ».

50 acteurs, 34 langues, 5 continents, et une infinité de possibles dans un voyage à la fois intérieur et collectif. Dans cet espace, le dialogue se noue avec chacun au-delà de l’âge, de la couleur de peau et du fait d’être spectateur, acteur professionnel ou amateur. Au bout d’une heure vingt, une lumière vacille dans le cercle, puis une autre et une autre encore…50 lumières douces éclairent les visages des acteurs un instant. Comme dans un rêve, ils apparaissent dans toute leur nudité pour disparaître à nouveau dans le noir. Les applaudissements éclatent mais seules les photos des comédiens éclairées sur le mur reviennent nous saluer. Ils laissent derrière eux les étoiles de la nuit partagée dans le regard des spectateurs et l’énergie palpable de leur générosité accueillante.

Théâtre
Conception, Mise en scène, Direction musicale et travail vocal : Marcus Borja
Collaboration artistique : Tristan Rothhut
Assistanat à la mise en scène : Raluca Vallois
Design sonore : Lucas Lelièvre
Portraits photographiques : Diego Bresani et Ye Tian

Avec Jérôme Aubert, Astrid Bayiha, Roch Amedet Banzouzi, Marcus Borja, Augustin Bouchacourt, Lucie Brandsma, Sophie Canet, Antoine Cordier, Etienne Cottereau, Belén Cubilla, Mahshid Dastgheib, Simon Dusigne, Rachelle Flores, Ayana Fuentes Uno, Michèle Frontil, François Gardeil, Lucas Gonzalez, Louise Guillaume, Lola Gutierrez, Jean Hostache, Hypo, Magdalena Ioannidi, Miléna Kartowski-Aïach,Matilda Kime, Cyrille Laik, Malek Lamraoui, Feng Liu, Hounhouénou Joël Lokossou, Esther Marty Kouyaté, Laurence Masliah, Jean-Max Mayer, Romane Meutelet, Tatiana Mironov, Makeda Monnet, Rolando Octavio, Wilda Philippe, Ruchi Ranjan, Andrea Romano, Tristan Rothhut, Théo Salemkour, Charles Segard-Noirclère, Olivia Skoog, Aurore Soudieux, Tatiana Spivakova, Ye Tian, Isabelle Toros, Relebohile Tsoinyane, Raluca Vallois, Gabriel Washer, Sophie Zafari, Vahram Zaryan

Spectacle en allemand, anglais, arabe, arménien, basque, bassa, batak, créole de Guadeloupe et d’Haïti, espagnol, filipino, flamand, fongbé, français, grec ancien et moderne, guarani, hébreu, hindi, indonésien, italien, japonais, kabyle, kikongo, latin, lingala, mandarin, persan, portugais, roumain, russe, sanscrit, sotho, suédois, tamoul, ukrainien, xhosa, yoruba, zulu…

Durée 1 h 20
Crédit photos : Diego Bresani

Jusqu’au 28 avril au Théâtre de la Cité Internationale

 

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