Théâtrorama

Elles n’avaient pas suffisamment taquiné Robert ni émoustillé Littré, pas suffisamment non plus exploré toutes les entrées de leur dico-placard. Il leur restait encore bien des zones d’ombre et de sens cachés, bien des pages à effeuiller et des recoins de vocabulaire mystère à dénuder. Les coquines littérales se devaient donc de sauter à nouveau à la ligne (de téléphone rose, de préférence), toutes prêtes à se lancer dans un nouveau strip-texte.

On aurait pu croire qu’elles auraient souhaité cette fois convoquer Larousse pour puiser un peu d’inspiration, mais non, la brune et la blonde n’ont décidément besoin de personne et surtout pas de faux amis : dès qu’elles prennent micro en main et lettre au pied pour dévêtir les mots, elles n’ont pas leur pareille pour mettre les sens en éveil et pour ébranler les définitions.

Les voici donc une fois de plus prises d’un soudain élan littéral, qui emporte tout sur son passage. « Déshabillez Mots », 2.0 : direct à la ligne en évitant savamment tous les pièges de notre bon vieux thésaurus clausus. Déclaré KO en deux temps, trois coups de langue et d’analogie, le dico.

Extase textuelle
C’est que ces acolytes de la terminologie confessent un penchant éhonté pour les guillemets guillerets et le substantif qui se sustente. En avant pour les péripéties du glossaire, toutes de chair et de syntagmes désossés. En haut-de-casse, au hasard des tiroirs : mademoiselle Politesse et son post-scriptum exténué, qui se met à faire agréer son affliction la plus distinguée, madame Érection se demandant pourquoi donc on l’a faite féminine et qui se sent glisser sur sa pente, madame Intuition, autoproclamée « comtesse aux pieds nus du royaume de l’intelligence », ou encore monsieur Quiproquo, victime d’une faute de frappe et ironiquement lap-sucé pour une simple histoire de petit « q » et de petit « p » à replacer.

Entre la figure défigurée de monsieur Oxymore et la béance alambiquée de monsieur Rien, Flor et Léonore s’octroient quelques pages de ponctuation bien méritées, s’accordant une pause nécessaire pour lire entre les lignes, et reprendre leur souffle tout littéraire. Cap sur le karma compliqué du tréma et sur le désordre existentiel de la virgule, incapable de faire le point sur sa propre vie. Coup de projecteur sur les trois sœurs suspension et sur la noble majuscule, sans oublier, au détour des signes, la nouvelle coqueluche du clavier, le slash, star à la tranche et à la barre intempestives, tout droit échappée d’un concert de rock échevelé.

Dernière incursion au pays des préfixes qui hoquettent du lexique et en oublient de se fixer, et voilà la boucle de Robert bouclée, et quelques-unes de ses particularités élucidées. Il restera alors à la parenthèse à s’ouvrir à nouveau prochainement, pour découvrir ce qu’il faut encore efflorer de tous les trésors de la langue française.

Déshabillez Mots n°2
Texte et interprétation : Flor Lurienne et Léonore Chaix
Mise en scène : Marina Tomé
Production Staccato
Crédit photo : Philippe Delacroix
Au théâtre de l’Européen du 16 octobre 2014 au 4 janvier 2015

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