Théâtrorama

« Il a un spectacle plus grand que le ciel, c’est l’intérieur de l’âme »… Depuis près de quatre ans, Jean Bellorini continue de réunir un public enthousiaste et renouvelé autour de ce spectacle de 3 h 30, bâti sur « Les Misérables », un des textes fondateurs de l’œuvre de Victor Hugo.

Entre narration et incarnation, les comédiens disparaissent derrière le texte, s’insèrent dans ses replis pour faire surgir des mots eux-mêmes les silhouettes de Jean Valjean, de Fantine et Cosette, de Gavroche, nous entraînant à leur suite de la forêt aux barricades de Paris en passant par le bouge des Thénardier.

Portés par l’énergie des cinq comédiens et de deux musiciens,  »Tempête sous un crâne  » – titre d’un chapitre des  »Misérables »- pose ses valises au Théâtre Antoine Vitez des Quartiers d’Ivry, nous rappelant au passage les valeurs universelles de la justice sociale et de l’humanisme.

Une alliance savante entre le roman et l’incarnation théâtrale
La force du spectacle tient à la prise en charge d’un texte qui n’oublie rien du lyrisme, de la poésie et de la force de la pensée de son auteur et qui n’en escamote aucun des aspects par des coupes arbitraires et faciles. Pour raconter cette histoire d’hier, Jean Bellorini l’ancre dans une réalité d’aujourd’hui. Les comédiens vêtus de jeans, de bottes, de jupes courtes et de bonnets à la mode, chevauchant une moto, s’emparent du récit. Sur un plateau nu, avec un minimum d’accessoires et dans une lumière qui souligne les atmosphères du roman, la fable se construit et se déconstruit, respectant la chronologie du récit hugolien et ne s’autorisant aucune échappatoire. On retrouve la longueur des deux époques du roman, les échappées lyriques, les positions politiques et même la logorrhée de certains passages.

Pourtant on ne s’ennuie pas une seconde. La parole rebondit d’un comédien à l’autre. Seuls, à deux ou collectivement, ils se coupent, s’écoutent ou scandent un texte qui se déroule entre narration et dialogues. Le spectacle s’est construit par étapes et par coupures successives, mais sans aucune réécriture et dans une totale fidélité au texte d’origine pour mieux en souligner l’évidente actualité. Les personnages s’effacent ou surgissent d’une lumière sobre et ciselée créée par Benoît Fenayon et contribue largement à l’élégance de la mise en scène.

Fantine, Jean Valjean, Cosette ou les Thénardier s’incarnent et passent du corps d’un comédien à un autre. La précision du jeu renforce la rythmique du texte, soutenu par une musique, personnage à part entière, qui passe du rock à l’accordéon, de la balade à la pop. Céline Ottria a mis en musique certains poèmes de Victor Hugo, ce qui crée une sorte d’abolition du temps et souligne l’intemporalité de sa poésie.

Ici, nous ne sommes pas dans une énième adaptation des  »Misérables » avec des effets pseudo contemporains, mais dans une interprétation qui dit la modernité d’un texte éternel qui affirme haut et fort que le monde peut être beau. En ces temps de doute et de xénophobie rampante, Hugo nous redit encore et toujours l’importance d’une culture de la morale et de l’éthique sociale. Lui qui a eu l’intuition de l’évolution de la société de son temps, pose avec ce texte les prémices de sa réflexion. Bellorini et ses comédiens nous permettent d’en mesurer les avancées, les sur-places et les régressions dans les miroirs de notre époque.

[note_box]Tempête sous un crâne
De Victor Hugo
Adaptation : Jean Bellorini / Camille de La Guillonnière
Mise en scène : Jean Bellorini
Création musicale : Céline Ottria
Lumière : Benoît Fenayon
Avec Mathieu Coblenz, Karyll Elgrichi, Camille de la Guillonnière, Clara Mayer, Céline Ottria, Marc Plas, Hugo Sablic.
Crédit photo : Pierre Dolzani
Durée: 3 h 30 (avec entracte)[/note_box]

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