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Swann s’inclina poliment, mise en scène de Nicolas Kerszenbaum 

Swann s'inclina polimentSwann s’inclina poliment – Le projet de Nicolas Kerszenbaum pourrait se lire comme une très intéressante tentative de dissection de madeleine proustienne. D’où vient l’écriture de Proust, quelle en est la source ? Et cette source une fois trouvée, comment peut-elle nous nourrir ? Comment faire notre cette source ? Comment peut-elle guider notre propre écriture ? Les jeunes interprètes passent de l’univers de Proust à des thèmes plus contemporains. Ils mêlent l’écriture à une ré-appropriation qui, si elle est parfois un peu lourde – le passage d’un registre à l’autre est pendant une partie du spectacle assez systématique – n’en est pas moins variée, sincère, légère, mélancolique.

La musique et le chant, par exemple, sont des terrains qui permettent aux jeunes artistes d’inventer autour de l’écriture. De cette écriture proustienne ils tirent la sensibilité, le raffinement, la dérision, la mélancolie, la sensualité… Loin de la déférence, mais avec un profond respect pour l’auteur, ils peuvent oser l’invention et même la maladresse. Les petites gaucheries qui parsèment le spectacle ajoutent au charme de l’ensemble. Trouver sa propre sensualité à travers le personnage d’Odette, sa propre fibre d’écrivain dans le dialogue avec Swann… C’est imparfait bien sûr, mais c’est une des raisons pour lesquelles le spectacle est si touchant. Le metteur en scène n’est pas en reste, qui transpose l’univers des fêtes dans un cadre contemporain, néons colorés et musique électronique… Il y a là une belle tentative de retrouver un monde disparu.

 Swann s'inclina poliment au Théâtre de Belleville

Un paradis perdu

Mais le monde décrit donne l’impression de ne plus exister du tout, et le metteur en scène, habilement, nous fait goûter à son manque, provoquant en nous la nostalgie. Le sentiment qui domine est celui de la perte d’un raffinement qui n’est plus de saison. Dans notre société dominée par le matérialisme et l’individualisme, où trouver la place pour la gratuité, pour la sensibilité ? L’amour même, ou du moins son expression, n’est-il pas devenu un luxe ? Voire une pièce d’archéologie ? Heureusement, un spectacle comme celui-là, rappelle à chacun le droit aux larmes, à l’amour, à l’inutile.

Swann s’inclina poliment
D’après Marcel Proust
Adaptation et mise en scène : Nicolas Kerszenbaum
Assisté de Gautier Boxebeld et Emmanuelle Peron
Avec Sabrina Baldassarra, Marik Renner et (en alternance) Gautier Boxebeld ou Thomas Laroppe
Conception musicale : Guillaume Léglise
Musiciens : Guillaume Léglise et Jérôme Castel
Création lumières : Nicolas Galland
Scénographie : Louise Sari

Jusqu’au 3 décembre au Théâtre de Belleville
Du mercredi au samedi à 21h15, dimanche à 17h

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