Théâtrorama

Endossant une triple casquette (adaptation, mise en scène et interprétation) Layla Metssitane réussit le pari fou de transformer un roman populaire en superbe moment de théâtre, assumant pleinement des partis pris audacieux au cœur desquels sa condition de femme musulmane tient une place de choix. Intense et beau.

Stakhanoviste de l’écriture, Amélie Nothomb a le verbe haut et jamais plus haut que lorsqu’elle se débarrasse des oripeaux de l’intellectualisme outrancier pour laisser place à un humour souvent ravageur. « Stupeur et tremblements », dont Alain Corneau avait su tirer toute la puissance comique grâce à une sidérante composition de Sylvie Testud, constitue un des meilleurs opus de la romancière. Mais que reste-t-il de toutes nos lectures d’Amélie Nothomb une fois le livre refermé ? Le souvenir diffus d’un bon moment de rigolade où des intrigues complètement farfelues viennent faire dérailler notre train-train quotidien, rarement davantage.

© Sandra Schmidt

La puissance du théâtre de Layla Metssitane va marquer au fer rouge notre mémoire plus qu’aucun roman de Nothomb ne l’a jamais fait. Là est la force du spectacle vivant, surtout quand il atteint pareil niveau de qualité. On se prend en effet à écouter ces mots et à les trouver plus beaux, plus chargés de symboles que ne nous l’avait suggéré la lecture. La comédienne, qui s’est mise en scène et a aussi effectué l’adaptation, incarne cette Française aux prises avec ses supérieurs dans une entreprise au Japon et qui se retrouve dégringoler dans les pires soubassements de la hiérarchie. Elle effectue tout d’abord un exercice de transformation, de la musulmane à la geisha, par un changement de tenue (le noir du niqab, le blanc de la nuisette) et un maquillage du visage. Quitter une condition féminine pour en endosser une autre, ce n’est pas franchement la métamorphose de la chenille vers le papillon. Plutôt kafkaïen, le glissement.

Avec une parfaite élégance, elle évoque tout d’abord sa condition de femme. De femme japonaise en apparence et dans le texte. Mais lorsqu’on connaît son parcours (arrivée de son Maroc natal en France sans papier à l’âge de 15 ans), on comprend bien que le message revêt un tout autre atour. La seconde partie, plus drôle, prend appui sur la narration pure du roman avec affrontement du personnage à sa supérieure hiérarchique.

Le jeu très sobre de Layla Metssitane va donner au texte toute sa puissance. Millimétrés, les gestes confèrent à l’ensemble ce caractère chorégraphié qui fait écho tant aux traditions folkloriques musulmanes que japonaises. Le visage magnifique de Layla Metssitane sait rester presque neutre. Comme un témoin de sa propre histoire, ou tout au moins de celle qu’elle raconte, elle laisse la force du texte s’emparer du public. Durant un peu plus d’une heure, ce dernier est captivé, happé par cette voix, par ce texte qui n’aurait pas pu trouver plus belle ambassadrice pour le faire vivre.

Stupeur et tremblements
D’Amélie Nothomb
Mise en scène, adaptation et interprétation : Layla Metssitane
Du mardi au samedi à 19 heures, dimanche à 15 heures
Durée : 1h10

Théâtre du Petit Hébertot
78bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris
Réservations : 01 42 93 13 04
Site web

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