Théâtrorama

Sony Congo

Nom : Marcel Ntsoni
Nom d’écrivain : Sony Labou Tansi
Né le 5 juillet 1947 à Kimwenza (Léopoldville)
Décédé le 14 Juin 1995 à Brazzaville
Nationalité : Afro-humaine

Cette dernière boutade fait partie des nombreuses plaisanteries et inventions verbales que Sony Labou Tansi ne pouvait s’empêcher de faire. S’inscrivant dans les pas de l’œuvre et de la biographie de l’écrivain, Bernard Magnier qui fut son ami, en fait la figure centrale de « Sony Congo », mis en scène avec la complicité de Hassane Kassi Kouyaté.

Même si on peut regretter un portrait de Labou Tansi un peu trop lisse, qui n’insiste pas sur ses contradictions et sa part d’ombre, même si on aurait parfois aimé moins de sagesse dans le traitement dramaturgique pour affirmer davantage la truculence et l’insolence de Labou Tansi, Bernard Magnier signe ici un texte émouvant et chaleureux qui assume de vrais choix d’écriture.

Écrivain-météore, toujours pressé, avec ses pièces enfiévrées, d’abord créées à Brazzaville par sa troupe, le Rocado Zulu Théâtre, ensuite livrées sur les scènes de Paris, Bruxelles ou New York, en passant par les capitales africaines, avec sa langue subversive et attentive aux injustices, avec ses romans iconoclastes, Sony Labou Tansi est l’une des voix majeures du continent africain, qui inscrivit le théâtre africain post-colonial dans le monde contemporain.

« J’écris pour qu’il fasse homme en moi »
Amadou Hampaté Bâ, autre grande figure de la littérature africaine, affirmait à son époque que lorsqu’un vieillard mourait en Afrique, c’était une bibliothèque qui brûlait. Les temps ont bien changé car Sony Labou Tansi a laissé une bibliographie énorme. Effet voulu ou non, la mise en scène d’Hassane Kouyaté inscrit sa scénographie dans un bureau où trône une bibliothèque et délimite un cercle de l’espace scénique par des livres. Sur la scène, trois espaces et deux comédiens tous deux congolais et héritiers de Labou Tansi pour raconter à la fois l’homme et la portée de l’oeuvre. Criss Niangouna, le plus jeune, prête son énergie solaire pour feuilleter, avec les qualités d’un pédagogue enthousiaste, l’oeuvre. Face à lui, plus pondéré et plus ironique, plus âgé aussi, Marcel Mankita retrace l’itinéraire de création de l’écrivain, son attachement à la terre africaine et son ancrage dans un Congo plus large que ses frontières et dominé par la présence du fleuve.

Au centre, un cercle où domine la couleur ocre-orangé de la terre d’Afrique, devient l’espace de la représentation de certains passages des textes ou des pièces de l’écrivain. En projection, des documents sonores ou des vidéos ramènent au premier plan la parole prophétique de l’écrivain qui dénonçait déjà les malversations, la corruption et les guerres toujours au centre d’une urgente actualité. Le spectacle s’adresse à un public de néophytes qui ignorent souvent et l’écrivain et l’immensité de son œuvre. À la fois hommage et témoignage, son mérite est de combler un manque. Bernard Magnier, Hassane Kouyaté et les comédiens évitent l’hagiographie et l’embaumement des commémorations, réussissant là une forme assez peu courante : le docu-fiction théâtral. À l’orée des vingt ans de son grand voyage, Sony Labou Tansi est un écrivain à (re)découvrir de toute urgence, plus que jamais vivant et identifié à un espace bien plus large que son continent d’origine.

Sony Congo
De Bernard Magnier
Mise en scène : Hassane Kassi Kouyaté
Avec Marcel Mankita, Criss Niangouna
Crédit photo: Pierre Van Eechaute
Durée : 1h15

Du 11 au 14 février 2015 au Tarmac
Mercredi 20h, jeudi 14h30 & 20h, vendredi 20h, samedi 16h

 

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