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Solaris au Théâtre de Belleville

Solaris au Théâtre de BellevilleDepuis quelques semaines, la station spatiale scientifique chargée d’étudier la mystérieuse planète Solaris ne répond plus aux appels de la Terre. Un message finit par survenir cependant, invitant le psychologue Kris Kelvin à rejoindre la station pour qu’il puisse y constater d’étranges phénomènes et peut-être aider à les expliquer…

Planète Solaris

Une fois rendu sur place, le psychologue entre dans un cauchemar éveillé. La planète Solaris envoie dans la station d’étranges visiteurs, projections directes de l’inconscient des membres de l’équipage. Chacun se trouve face à ses désirs, ses culpabilités. En un mot, les fantômes prennent vie, menaçant la raison de qui les regarde…

De la science-fiction au théâtre

Comment peut-on adapter la science-fiction au théâtre ? Qu’est-ce que le théâtre peut apporter à la science fiction, et la science-fiction au théâtre ? Si la mise en scène ne répond pas à toutes ces questions, elle pose les jalons d’une réflexion concrète et passionnante.

La question des effets, par exemple. Chaque fois que la mise en scène a recours à des effets spéciaux de type cinéma, il y a une petite résistance dans l’oeil du spectateur, et l’on ne peut tout à fait y croire. Cette résistance est cependant atténuée par la présence et l’engagement des comédiens. Autre chose : Le décor de théâtre – surtout dans le contexte d’une jeune compagnie – est forcément plus pauvre que celui d’une production de cinéma, et lors des premières minutes du spectacle, l’on redoute le pire, c’est-à-dire la submersion des comédiens sous le ridicule du cheap. Cependant rien de cela ne se passe, et le spectacle est tout à fait crédible.

La réponse se situe sans doute dans le traitement résolument théâtral de la science-fiction : le metteur en scène mise avant tout sur la qualité d’étrangeté de ses comédiens et joue avec la présence physique propre au théâtre. En d’autres termes, le cauchemar que vivent les personnages de la pièce devient aussi concret que la présence des fantômes dans nos chambres d’enfants.

Le décor joue également la carte de la théâtralité, en n’allant pas plus loin que ce qu’il peut être et en sollicitant l’imaginaire des spectateurs. Quatre éléments de décor, pas plus, dansent et s’emboîtent, et cela suffit à nous plonger dans la magie de cette histoire. Le son, également, très intéressant, nous propose une plongée permanente et assumée dans un univers angoissant, sans que jamais cela ne soit redondant. L’exploration est belle, et le spectacle est réussi.

L’essentiel du message est passé. Il paraît impossible de faire face à l’indicible, de le comprendre, de le saisir, de le traduire en langage intelligible. Comme en psychanalyse, il faut tourner autour du mystère avec les mots, rester en équilibre sur la crête humaine, tout au bord du néant, sans jamais avoir l’orgueil de s’y mesurer.

Solaris
Texte: Stanislas Lem
Adaptation pour la scène: Rémi Prin, Thibault Truffert
Assistanat à la mise en scène: Alexis Chevalier
Avec Thibault Truffert, Louise Emma Morel, Quentin Voinot et Gabriel Laborde
Voix: Mathilde Chadeau, Fabrice Delorme et Pierre Ophèle-Bonicel
Scénographie: Benjamin Gabrié et Suzanne Barbaud
Costumes: Célia Bardoux et Manon Gesbert
Sound design et musique: Léo Grise
Création lumière: Rémi Prin
Crédit photos: Avril Dunoyer

Au Théâtre de Belleville jusqu’au 30 septembre, les lundi et mardi à 21h15, dimanche à 20h30 (relâche le 16 septembre)

 

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