Théâtrorama

Simpatico

Dans une mise en scène très cinématographique, Didier Long propose de la nouvelle crépusculaire de Sam Shepard une adaptation intense, un tantinet dérangeante que mènent cinq comédiens brillants. Une belle réussite.

Carter débarque chez Vinnie. Une amitié étrange les lie. Ce genre d’amitié aussi sincère que malsaine, de celle qui se forge au delà des actes qui pourtant la gangrènent inexorablement. Une amitié qui serait indestructible si précisément des actes ne l’avaient pas transformée en liens forcés. Le désintéressement avec lequel l’un subvient à l’autre prend rapidement des allures de leurre. L’un est trop riche pour être honnête. L’autre trop pauvre pour être parfaitement clair. Toute la complexité des relations humaines se concentre dans cet affrontement où s’immisce une histoire de paris truqués aux courses.

Sam Shepard, figure de proue de la contre culture américaine et auteur sulfureux de « Fool for love » ou encore du scénario de « Paris Texas », plante la majeure partie de son œuvre dans les contrées occidentales de son pays dont il décortique les comportements, entre magouilleurs désabusés et winners irrécupérables. Loin de tout manichéisme, il fouille l’âme de ses personnages pour en extraire toutes les contradictions, toutes les coupables fomentations. Avec « Simpatico », reconnu comme son meilleur texte, l’auteur construit un thriller de haute volée, brut et brutal où vénalité, manipulation, immoralité se taillent la part du lion.

Un décor très ingénieux
Didier Long a gommé une importante quantité des personnages secondaires de la nouvelle de Shepard pour se concentrer sur les cinq principaux. Ce procédé éminemment théâtral n’empêche pas une mise en scène qui lorgne sur le 7ème art avec un décor en trois parties d’une belle ingéniosité et qui non seulement se succèdent mais, grâce à un jeu de lumière peuvent même se superposer dans une unité de temps, comme le ferait le procédé du « split screen » au cinéma. Etriquée par cette structure lourde et encombrante, la scène traduit de facto la petitesse de ces esprits, autre crédo shepardien qui dézingue l’américanité profonde par personnages interposés.

Toujours difficile de faire traverser l’Atlantique à un sujet aussi américain, en particulier pour les comédiens qui s’apprêtent à le défendre. Cet écueil est plutôt brillamment franchi. Si un léger flottement se fait sentir au tout début, durant cette mise en place de l’intrigue, le rythme va rapidement s’accélérer et le vertigo (clairement exprimé par l’affiche, clin d’œil bien sûr à Hitchcock) s’emparer de tous les protagonistes. La distribution quant à elle brille par son homogénéité. Et même si Riaboukine peine à trouver ses marques au départ, il se rattrape très vite et propose un Vinnie tout en nuance. Emma de Caunes excelle dans la fausse ingénue, Jean-Claude Dauphin se révèle magistral en bookmaker désabusé, Vincent Winterhalter compose un Carter d’une belle intensité et Claire Nebout est juste renversante dans la peau de l’épouse délaissée. Quintet de choc pour spectacle chic !

[note_box]Simpatico
De Sam Shepard
Adaptation de Didier Long et Séverine Vincent
Mise en scène de Didier Long assisté de Séverine Vincent
Avec Emma de Caunes, Jean-Claude Dauphin, Claire Nebout, Serge Riaboukine et Vincent Winterhalter
Décors : Jean-Michel Adam
Lumières : Laurent Béal
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz
Musique : François Peyrony
Photo crédit: WIKISPECTACLE/ Fabienne Rappeneau[/note_box]

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