Théâtrorama

Shitz

Quand la guerre est mise en bière

Dans le cadre de la manifestation Contre-feux du Théâtre des quartiers d’Ivry, La Compagnie Ici et Maintenant a présenté Shitz, pièce de l’auteur israëlien Hanokh Levin, farce caustique composée de vingt-neuf scènes et dix-sept chansons inscrites dans le texte.

Destins de pantins
Dans Shitz, le dramaturge israélien, connu pour ces pièces politiquement engagées (qui font scandale dans les années 1960), dénonce l’opportunisme des profiteurs de guerre. La guerre de Kippour a lieu deux ans avant la première en 1975. Shitz, c’est aussi la caricature d’une famille dont les membres sont tous plus odieux les uns que les autres. Monsieur et Madame Shitz ne peuvent plus supporter leur fille Shpritzi. Cette dernière, laide et boulimique, cherche désespérément un mari, au point qu’elle accepte les avances du premier venu capable de supporter son haleine fétide, même si ce dernier ne convoite que l’héritage de son père. Ainsi Shpritzi, prête à tuer père et mère pour un mari, épouse Peltz, soldat sans scrupule et arriviste qui pense pouvoir s’enrichir grâce à la guerre, et à l’entreprise de BTP du beau-père. Un couple uni pour le pire et pour le pire.

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Ces quatre là n’ont l’air de rien et pourtant ils cumulent les défauts humains : l’avarice, l’intérêt, le mensonge, l’égoïsme, la cruauté, la sournoiserie, la cupidité… Hanokh Levin écrit l’homme dans ce qu’il y a de plus vil et de plus vicieux, et Christine Berg a le talent de le mettre en exergue. On pourrait haïr ces personnages, joués par des comédiens virtuoses, mais ils portent en eux quelque chose d’humain et de désespéré, « je voudrais être gentille, mais je ne peux pas », hurle Shpritzi. On les voit se débattre dans leur quête d’un inaccessible bonheur. De là à avoir pitié d’eux, il n’y a qu’un pas… de géant tout de même.

Faire de l’or sur les morts
Les relations entre les membres de cette famille, sous-tendus par l’intérêt ne sont que le reflet de l’humanité tout entière. C’est ce microcosme qui nous est donné à voir mais l’on imagine aisément, en arrière plan, les tranchées et les morts. Peltz se délecte des commandes de tranchées qui affluent, et se réjouit d’ailleurs de ce constat « grâce à la guerre, le BTP est en plein boom ». Il incarne le bourreau de l’ombre soutenu par les hautes instances du pays, il est persuadé du bien-fondé de sa démarche, guidé par l’argent et pouvoir plus que par la morale. Shitz interroge d’ailleurs cette formule archaïque « Il faudrait une bonne guerre pour relancer l’économie ». La guerre, un mal nécessaire ? Cette formule trop entendue dans les années 70 peut-elle encore faire écho aujourd’hui ? L’actualité en donne malheureusement encore bien souvent l’exemple. Par ailleurs, si l’absence de détail ne permet pas de situer la pièce dans un contexte précis, c’est que le message s’avère universel.

Guerre et pets : rire-refuge
Shitz est une pièce picturale, les personnages font l’effet de pantins s’agitant sur une piste de cirque. La présence des rideaux rouges surplombés par les musiciens, s’ouvrant sur les scènes qui s’enchaînent comme des numéros circassiens sont là pour en témoigner. Cette sensation s’accentue dans les mots et dans le ton. La langue d’Hanokh Levin ne fait pas dans la dentelle. Les insultes fusent, et si les gros mots ne sont pas systématiquement de mise, les formules sont ignobles : « il y a trop de déchet dans cette femme » dit M. Shitz à propos de sa femme. La mise en scène force le trait et a pour effet de mettre en relief l’horreur de ce qui est dit. Les répliques cinglantes rendent les situations d’une violence inouïe. Et si la pièce revêt l’habit de la farce c’est pour mieux nous faire avaler la pilule. Pourtant, plus c’est cruel, plus on rit… souvent jaune. On rit aussi parce que c’est la seule issue pour ne pas être totalement abasourdis. En effet, on aimerait respirer un peu car même les jolies mélodies ne suffisent à alléger l’atmosphère. Heureusement quelques bribes de poésie nous parviennent, comme une goutte de rosée dans le désert du Kalahari quand Peltz en proie au désarroi souffle un « je vais me baigner et faire des ricochets avec mes rêves ». Rêvons alors d’entendre cette expression comme remède à toutes les crises : « Ce qu’il faudrait, c’est une bonne paix. »

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Shitz
De Hanokh Levin
Traduction de Laurence Sendrowicz
Le texte de la pièce est publié aux Editions Théâtrales, dans Théâtre Choisi III, Pièces politiques
Mise en scène de Christine Berg
Avec Mélanie Faye, Laurent Nouzille
Vincent Parrot et Gisèle Torterolo
Et les musiciens : Elena LLoria Abascal, Vincent Lecrocq et Damien Roche

Scénographie de Renaud de Fontainieu
Lumières de Pablo Roy
Musique originale de Lyonnel Borel
Costumes de Juan Morote
Photos de Jacques Philippot
Maquillages de Nathalie Charbaut
Régie de Elie Romero

Du 17 au 21 mars
Quartiers d’Ivry au Studio Casanova
69, avenue Danielle Casanova, 94200 Ivry-sur-Seine
http://www.theatre-quartiers-ivry.com
Réservations 01 43 90 11 11

En tournée :
Pour la saison 2009-2010 : les 21 et 22 janvier à Pont-de-Claix (38), le 26 janvier à Aurillac (15)
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