Théâtrorama

À peine descendues les quelques marches du perron du théâtre de l’Essaïon, l’accueil au thé épicé et à l’encens appelle à un premier éveil des sens. Quelques instants encore et le rideau s’ouvre sur une petite salle tout en pierres et en voûtes. À l’intérieur, une assistante en tenue de sultane fait déjà sa révérence. Son invitation promet d’être coquine : place à La Prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs, morceaux choisis du délicieux traité d’érotologie de Mouhammad al-Nafzâwî.

Au fond, tout est question de conjonction. Conversation, connexion, inspiration, expiration… pénétration. Sur scène, un érudit oriental – Stefan Godin, moustache frétillante et voix profonde – et son assistante – Bénédicte Bosc, lunettes candides et mimiques faussement timorées – proposent une entrée délicate mais approfondie dans l’un des plus anciens manuels d’érotisme, commandé par un souverain de Tunis à l’écrivain Mouhammad al-Nafzâwî en plein cœur du XVe siècle. Équivalent arabe du Kâmasûtra, La Prairie parfumée est une somme exhaustive très sérieuse initiant aux plaisirs charnels et délivrant les secrets de l’huis. L’huis ? Oui, oui, ou, si vous préférez, le passant, le guérisseur, l’instrument de ces messieurs, ou encore le souffleur, la fissure, la patiente de ces dames.

Au pupitre, l’érudit-messager Boulhoûl informe l’assemblée de la teneur de la conférence qu’il s’apprête à délivrer. Si le passionné use d’un vocabulaire cru et ampoulé, direct et imagé, paraissant tout d’abord donner le beau rôle au sexe fort, c’est sans compter sur les mutineries drolatiques de son assistante Hamdoûna, qui en propose en arrière-fond une traduction inversée. Du langage des signes au langage des sens, il n’y a qu’une caresse pour déceler celui du corps.

La lutte entre les deux, entrecoupée d’incessants et bien sentis « Que Dieu te prenne en sa miséricorde ! », les conduit à disserter de la chose sexuelle. Mais bien évidemment, toute métaphore en ce domaine appelant à une inévitable mise en situation, érudit et assistante se laisseront vite emporter par les heureux désirs et autres jouissives badineries, jusqu’à se retrouver tous deux sous une draperie rouge-feu virginale particulièrement symbolique.

Des causes (et conséquences, parfois douloureuses) de l’appétit sexuel, de l’utilité de se remplir correctement la panse avant de penser remplir un fond d’une tout autre nature (si le gingembre ne suffit pas, songez aux petits pois), de la faculté à distinguer les femmes dignes d’éloges en la matière (et à discerner les hommes dignes de blâmes), des trucs et astuces pour passer de maître-ès-fantasmes à maître-ès-orgasmes, aux ultimes nécessités d’une onction parfumée pour les besoins d’une conjonction transportée, tout, tout, tout, nous saurons tout sur l’huis et ses délices.

La Prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs
Mise en scène de Didier Carrier / avec Bénédicte Bosc et Stefan Godin
Adaptation du traité de Mouhammad al-Nafzâwî / traduction de René R. Khawam (éd. Phébus)
Du 11 septembre au 8 novembre 2014
Théâtre de l’Essaïon

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