Théâtrorama

Le décor est minimal, se résumant à une chaise et un banc en bois, un vélo, une gourde et deux gobelets en métal. L’attention demande d’emblée à se porter ailleurs, sur l’essentiel de cordes sombres d’airs yiddishs qui se tendent comme des incises placées entre les fragments d’un petit livre que l’on tient pour nécessaire : « À la bonne adresse » de Bert Kok et toutes les voix, d’enfants et de Justes, lointaines et bientôt incarnées, qu’il renferme.

Quelques indices, de prénoms et de noms, de chants populaires entonnés dans une langue étrangère, puis de notes d’une mélodie grave qui résonne depuis un violoncelle, soufflent pour éveiller à nouveau des poignées de main longtemps demeurées silencieuses, qui s’échangeaient aux abords de provinces collectives. Non loin d’Amsterdam, entre 1942 et 1944, un petit groupe d’hommes et de femmes à peine sortis de l’enfance partageait ce qu’ils appelaient une « sacrée aventure ». En toute clandestinité, la « Société Anonyme » qu’ils formaient a recueilli et sauvé de vagues de déportation 250 enfants juifs, isolés ou membres de mêmes fratries.

« Les enfants sont l’avenir d’un peuple »
Ces actes quotidiens sont longtemps restés dans l’ombre, chaque membre de la société ayant perpétué durant de longues années la promesse de discrétion qui était à l’origine de sa création, muée en impératif de dissimulation pour sa survivance. Ce n’est qu’en 1982 que les membres encore vivants de l’organisation ont accepté d’être reconnus « Justes parmi les Nations » par l’État d’Israël, et dans cette même décennie que quelques-uns de leurs mots, et de leurs souvenirs, ont commencé à s’inscrire et à faire écho. Bert Kok, auteur et conteur néerlandais, a puisé dans ces témoignages et dans les lieux parcourus par les membres de la société et par les enfants pour puiser la matière de son récit.

À travers des extraits choisis du texte initial et respectant son épure et sa chronologie, les comédiens Laure Trainini et Thomas Montpellier incarnent tour à tour les voix des enfants et celles des membres de l’organisation. Les mots et les gestes invisibles d’Hannah, Ruth, Lowie, Dick, Annemarie ou encore Gerard, retrouvent à nouveau corps et intonations, depuis la séparation d’avec leurs familles à la création de la « Société Anonyme », depuis les retrouvailles entre frères et sœurs cachés à la libération.

« À la bonne adresse » est l’illustration d’un travail de transmissions multiples : des voix initiales longtemps maintenues sellées au texte de Bert Kok, puis de la traduction du texte par Micheline Weinstein à la mise en scène par la compagnie Le GrandTOU, jusqu’aux lecteurs et spectateurs. Les donnant ainsi à lire et à entendre, Laure Trainini et Thomas Montpellier, sans artifices, se font passeurs d’histoire et d’empreintes primordiales.

À la bonne adresse
De Bert Kok, traduction et adaptation de Micheline Weinstein
Texte publié aux éditions Ψ {Psi} Le temps du non
Avec Laure Trainini et Thomas Montpellier
Réalisation scénique : Laure Trainini
Violoncelle (en alternance) : Lucien Debon et Thibaut Reznicek
Crédit photo : Anne Sarthou / homophotographicus.fr
Au Théâtre Essaïon jusqu’au 26 novembre 2014

À noter : le vendredi 28 novembre 2014 à 14h30, une représentation supplémentaire aura lieu dans la grande salle du théâtre Essaïon devant trois classes de 3e d’un collège de Bobigny et ouverte au public.

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