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Schatten – mise en scène de Schatten

Schatten – mise en scène de SchattenSchatten – Elfriede Jelinek a imaginé une Eurydice qui ne suivrait pas Orphée et qui s’installerait d’elle même aux pays des morts. Une vision iconoclaste du mythe qui permet à Katie Mitchell de renouveler cette tragédie du regard par l’usage assumé de la vidéo.

Descente aux enfers

Transposé dans le monde contemporain, Orphée est un chanteur de rock machiste et égocentrique. Eurydice, une auteure à qui son mari ne laisse pas une seconde pour écrire. Le parti pris de cette adaptation est de donner la parole à une femme trop souvent négligée et laissée pour morte. Dans les couloirs interminables du royaume des morts, dans les tunnels et ascenseurs de ce monde souterrain Eurydice peut paradoxalement être elle-même. La mise en scène ménage au coeur des ténèbres la chambre d’écriture si chère à Virginia Woolf, une cabine depuis laquelle parler. Pour la première fois, la muse refuse délibérément de suivre Orphée vers la lumière et fait le choix de son indépendance.

Le regard en abyme

Le dispositif vidéo de Katie Mitchell, concentré sur le seul personnage d’Eurydice, est tour à tour enfermant et libérateur. Maintenant l’héroïne dans sa routine de femme mariée en premier lieu, la caméra opère en effet la bascule dans son désir d’affranchissement. Les gros plans rendent l’expressivité du visage de l’actrice quand bien même elle ne parle pas. La distinction entre l’écran où le film est montrée en direct et le plateau où l’image est tournée trouve ainsi sa justification entre d’une part le monde réel où Eurydice ne trouve pas sa place et celui des morts où ombre parmi les ombres elle peut enfin s’exprimer. Les nombreux déplacements symboliques entre royaume des vivants et enfers gagnent également en consistance avec cette technique.

La remontée du sublime

Mis à part le chant d’Orphée, la parole d’Eurydice est la seule voix à nous guider. Elle provient d’une boîte vitrée en bord de scène. Un verre sans taint nous révèle quand elle est allumé le visage du double d’Eurydice puisqu’elles sont en effet deux à l’incarner, une pour la voix et l’autre pour le physique. Cette dichotomie entre le geste et la parole fait penser à celle que Pina Bausch avait elle-même entretenu dans son ballet Orphée et Eurydice. La danse et le chant d’une part, le corps et l’âme d’autre part ; la réunion au présent de ces deux actrices nous invite finalement à rencontrer une ombre heureuse.

Schatten (Eurydike sagt) // [Ombre (Eurydice parle)]
Texte d’Elfriede Jelinek
Mise en scène : Katie Mitchell
Avec : Jule Böwe, Cathlen Gawlich, Renato Schuch, Maik Solbach
Tournage vidéo : Nadja Krüger, Stefan Kessissoglou, Christin Wilke, Marcel Kieslich
Opérateur grue : Simon Peter
Collaboration à la mise en scène : Lily Mc Leish
Direction de la photographie : Chloë Thomson
Scénographie : Alex Eales
Costumes : Sussie Juhlin-Wallen
Vidéo : Ingi Bekk assisté d’Ellie Thompson
Son : Melanie Wilson, Mike Winship
Lumières : Anthony Doran
Dramaturgie : Nils Haarmann
Script : Alice Birch
Crédit photos : Gianmarco Bresadola
Vu au théâtre la Colline

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