Théâtrorama

Tout commence par cinq personnages en quête d’histoire, tous assis sur scène, hauts blancs, bas noirs, nus pieds. Puis tout se termine par cinq personnages porteurs d’histoire, tous debout sur scène, tous costumés, changés. Entre le début et la fin, du triangle qu’ils formaient jusqu’à l’arc de cercle qu’ils tracent désormais, ils ont ouvert la figure comme on tourne les pages d’un livre, pas bien certains de vouloir un jour le refermer.

Il faut imaginer le désert d’une terre, qui ne serait inscrite ni dans le temps, ni sur une région définie du globe. En arrière-plan, il y a un tableau encore vierge de tout écriture, et un portant sur le côté, chargé de vêtements non datés, et non identifiés. Au milieu de cet espace dépouillé, un vent soudain, « un air de vibration », se met à souffler. Littéral, tout d’abord, expulsé de la bouche d’un homme. Puis littéraire, très vite : l’homme se sert du prétexte de l’Histoire pour conter une histoire.

C’est l’histoire d’un monsieur-tout-le-monde du XXIe siècle, dont la seule identité, Martin de son prénom, Martin de son nom de famille, est déjà prétexte à la multiplicité. Et ce sera donc, à travers son histoire à lui, toutes celles dont elle est issue, et toutes celles qu’elle engendrera à son tour. Sur le tableau qui se remplit peu à peu en fond de scène, à mesure que les personnages endossent de nouveaux costumes, dates, lieux et noms créent des occasions de voyages et d’épopées dans le texte.

Porteurs portés
Certains peuvent être muets, d’autres sceptiques ; d’autres encore imaginent qu’ils ne sont pas capables de prendre en charge un récit. Alors ceux-ci écoutent, bientôt transportés, ballotés de frontières en frontières qui les mènent de réalités en fictions. Mais tous en sont sûrs : « la vie est un récit », et il suffit d’observer les porteurs d’histoires pour comprendre qu’ils deviennent eux-mêmes portés par les histoires qu’ils racontent, simples faits divers ou événements collectifs. Tous font date, indifféremment.

Sous Martin Martin, en lui, se réveilleront Alia et Jeanne à Mechta Layadat en 2001, puis Gérard à Nouzonville en 1998, puis un fossoyeur de Linchamps la même année, son frère au Canada, Alexandre Dumas et Eugène Delacroix fêtant le réveillon de 1830 au Palais Royal, puis encore Marie-Antoinette et la duchesse de Polignac en forêt de Versailles avant la Révolution française, un agent de douane au fort accent marseillais, et tant d’autres encore.

Tous prendront calèche, jeep, avion et bateau – tous se retrouveront sous un même arbre aux racines entremêlées, car tous appartiennent sans le savoir à une même lignée. Ou plutôt à une même ligne, de transmission écrite et orale : de celles qui sont capables de « faire passer de l’autre côté ». Celui des livres, évidemment.

Le Porteur d’Histoire
Texte et mise en scène d’Alexis Michalik
Distribution en alternance
Crédit photo: Alejandro Guererro
La pièce a été publiée aux éditions Les Cygnes
Du 04 septembre au 30 décembre 2015 au Studio des Champs-Élysées

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest