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Basquiat vu par Laëtitia Guédon

SAMO a tribute to Basquiat – « Mon histoire avec SAMO commence dans les années 80 », raconte la metteure en scène Laëtitia Guédon, alors qu’elle habitait le quartier de la Maladrerie, à Aubervilliers, en région parisienne. Une époque où rien ne semblait impossible pour la culture et où son père peignait des fresques géantes dans la rue, sur les bouches d’aération, les colonnes, les couloirs et les escaliers. En revenant dans le quartier de son enfance, 25 ans après, elle découvre que les fresques sont intactes et transforment pour elle la rue en un lieu de mémoire idéalisé de l’enfance.

Reliant son enfance à l’univers de Basquiat, créateur génial du street art newyorkais, elle propose un spectacle tout en finesse et en sensibilité qui met en scène l’artiste visionnaire qui décode le monde et les rythmes de la rue américaine.

SAMO a tribute to Basquiat à la Manufacture des Œillets

SAMO : Same old Shit

Années 80 aux États-Unis. Basquiat est devenu un des artistes les plus géniaux de sa génération. Sa rencontre avec Warhol, la production boulimique de tableaux, le succès et ensuite les drogues de plus en plus dures, l’alcool et la mort à 27 ans.

Le spectacle de Laëtitia Guédon interroge les débuts de Basquiat, celui d’avant la célébrité, celui qui arpentait New York de Soho à Brooklyn, aiguisant son regard dans des déambulations sans fin, et qui créait avec ses amis Al Diaz et Shannon Dawson, une sorte de « manifeste » sous le nom SAMO (anagramme de Same Old Shit, la même vieille merde). SAMO inscrit ses messages lapidaires, poétiques et ironiques, sous la forme de graf’ ou de tags sur les édifices de l’environnement urbain newyorkais.

Qui est SAMO ? devient la question centrale du spectacle de Laëtitia Guédon. Une question à laquelle elle tente de répondre en la lançant dans toutes les directions sous forme d’enquête. En multipliant les approches artistiques, elle donne des visages divers au jeune homme timide qui ignorait alors qu’il serait le précurseur d’un mouvement artistique de la rue.

SAMO a tribute to Basquiat à la Manufacture des Œillets

« SAMO ou la triangulaire des consciences »

L’intelligence de cette mise en scène réside dans la place laissée à la partition de chaque artiste lié au projet né d’une écriture de plateau. Il y a tout d’abord la musicalité des mots de l’auteur Koffi Kwahulé qui s’entrechoquent, habités par l’intimité avec les rythmes du jazz de Coltrane, de Parker ou les silences de Monk. L’auteur crée un texte magnifique en trois parties correspondant à la jeunesse de Basquiat qui savait de façon intime qu’un jour il deviendrait célèbre alors qu’il vivait entre un père violent et une mère folle. Il y parle des déambulations sans but qui aiguisent le regard par l’observation fine du mouvement de la rue, de la présence du père qui, de loin, conserve une influence sur le fils, du danseur extraordinaire que tous s’arrachent. La fin s’arrête à la naissance de l’icône du mouvement underground newyorkais.

S’incrustant dans l’écriture de Kwahulé, naissent trois SAMO. L’un est porté par le comédien Yoahann Pisiou qui campe un Basquiat « de paroles » qui dit, qui décode le monde et ses rythmes, un qui cogne comme une lame qui s’enroule autour des mots. Le deuxième Basquiat s’exprime dans les mouvements du danseur Willy Pierre-Joseph, souple comme une liane, qui représente l’errance de l’artiste, dans ses marches solitaires et ses rêves de notoriété lors des soirées branchées de Soho.

Blade MC Alimbaye, spécialiste du beat box et créateur de « looper » sophistiqués, est la voix du père et représente avec Nicolas Baudino au saxophone le Basquiat influencé par la musique qui pulse dans ses compositions graphiques. Refusant la reproduction filmée des œuvres de l’artiste, le vidéaste Benoît Lahoz insère ses images entre le mouvement des acteurs et la musique, recréant de façon subtile la rue de New York, passant du noir et blanc à la couleur, comme autant de sas dans les rythmes de l’écriture.

Au fur et à mesure, en cercles concentriques et porté par le jeu organique de chaque artiste, naît la figure de Jean-Michel Basquiat. Porté par sa légende et l’effervescence de la rue, son influence continue de se manifester dans toutes les villes du monde, où d’autres artistes, en quête d’urgence chaotique, ont pris le relais. À leur tour, ils soumettent le monde à leur vision et tout comme Basquiat, tentent de « botter le cul au destin ».

Samo
a tribute to Basquiat
Texte : Koffi Kwahulé
Mise en scène : Laëtitia Guédon
Avec Yohann Pisiou, Willy Pierre-Joseph, Blade MC Alimbaye et Nicolas Baudino
Musique : Blade MC Alimbaye et Nicolas Baudino
Lumières : David Pasquier
Son : Géraldine Dudouet
Scénographie : Emmanuel Mazé
Vidéo : Benoît Lahoz
Crédit photos : Tristan Jeanne-Valès
Durée : 1 h 15

Jusqu’au 1er Avril à la Manufacture des Œillets – Théâtre des Quartiers d’Ivry/CDN du Val de Marne

Tournée
5 au 14 Avril : La Loge – Paris
21 Avril : Théâtre Victor Hugo- Bagneux
27 Avril : Le Quai des Arts- Argentan

 

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