Théâtrorama

Roméo et Juliette

Dans le cadre du Festival des Cultures Juives, la directrice Paule-Henriette Lévy a fait le pari risqué de programmer ce classique de Shakespeare, pourtant auteur à l’antisémitisme notoire. Ici, il s’agit de dépasser les ombres biographiques et de porter un regard neuf sur cette histoire universelle où l’amour triomphant est sacrifié sur l’autel des querelles. Une adaptation fraiche et audacieuse à découvrir également le cadre du Festival d’Avignon Off 2012.

Bien sûr, on connaît par cœur ce duo d’amour qui finit mal. On connaît la fragile Juliette, pucelle éprise sans raison et sur un regard, d’un Roméo portant l’impétuosité de la jeunesse, celle qui se rit des contraintes, du pourquoi et du comment d’un coup de foudre inexplicable. Parce que c’était Elle, parce que c’était Lui. Et tout le reste se noie dans la folie juvénile. Parce que peu importe qu’elle soit une Capulet et lui un Montaigu, que les deux camps se regardent d’un œil torve, que les poignards sournois semblent en sourdine. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans… comme disait le poète…

Une mise en scène audacieuse
Adaptée par la troupe « Le Vélo Volé » ainsi que par Cécile Leterme et François Van Han, la mise en scène impose d’emblée un parti pris : Capulets et Montaigu sont habillés à l’identique, pour mieux brouiller les pistes et démontrer l’absurdité de la querelle entre des personnes semblables. Borsalino, chemise blanche, gilet noir, les camps ennemis s’affrontent dans une monochromie troublante. Chaque famille a son mode de vie similaire : richesse, dandysme de Roméo, vie façon Princesse au petit Pois pour Juliette, souci d’alliances entre gens bien nés pour préserver un patrimoine et assurer une descendance en milieu quasi-tribal. On aurait aimé pousser le risque à adapter Roméo et Juliette dans le conflit judéo-palestinien, pourquoi pas… Paule-Henriette Lévy revendiquant les résonnances de la pièce au conflit actuel du Proche-Orient, comme à bien d’autres dans le monde. Enfin, l’empreinte du noir et blanc se veut ancrer cette histoire dans l’intemporalité. En vertugadin ou en baskets, il existera de tout temps bien des Roméo et Juliette défiant les obstacles. Le parti pris se retrouve aussi dans une version modernisée des répliques sans tomber dans la caricature, ce qui allège considérablement la pièce sans la dénaturer. Top chrono pour un marathon d’1 h 45.

Dans cette adaptation, le public passe toutes les humeurs, car la mise en scène s’inscrit non pas dans un pathos linéaire qui aurait été vite lassant, mais alterne moments joyeux, voire comiques permettant une mise en relief démarquée du drame shakespearien. Ainsi Roméo et ses compères dansent la gigue sur des airs tziganes (on notera d’ailleurs la présence salvatrice d’un véritable orchestre sur scène, chose assez rare au théâtre), croisent l’épée en batifolant, font des contrepèteries, draguouillent la minette de Vérone. On bouillonne, on s’amuse, on est copains comme cochons ! Au milieu des copains d’abord, il y a un Roméo lunaire et insouciant, William Dentz. Dans la peau de Juliette, Sophie Garmila en robe baby-doll et converses, devient mutine à souhait, tête-à-claques, femme à la gravité éphémère, gamine capricieuse à l’humeur de montagnes russes, à la folie bordeline… en somme, l’adolescente dans tous des états sans nuances : tout est noir ou tout est blanc. A 17 ans, le monde se colore au gré de ses joies et de ses peines intérieures.

On saluera la trouvaille de la scène du balcon, une balançoire porteuse de bien des symboles : la femme-enfant sur son perchoir de Lolita, le va-et-vient sexuel, les variations de l’amour tantôt porté dans les hauteurs, tantôt coulant dans les abysses. On appréciera aussi la nuit nuptiale dans la pudeur des voiles, tout en suggestion, et la musique, comme seul marqueur identitaire de la culture juive au sein de ce festival. Cette musique d’Europe Centrale dont le cri des violons trahit la mise à nue des âmes et leurs oscillations baroques dans l’absurdité du drame.

[note_box]Roméo et Juliette
Par La Compagnie du Vélo Volé
Texte de William Shakespeare
Adaptation : Cécile Leterme.
Mise en scène François Van Han.
Avec Sophie Garmila et William Dentz[/note_box]

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  1. Ce spectacle est fantasique, je suis venu de Bretagne pour le voir au festival d’Avignon, et je ne regrette pas! Une pièce classique mais totalemnent abordable pour n’importe quel public!

    Une heure quarante d’émotion pure, où ces acteurs incroyables vous font passer du rire, au larmes, avec un jeu et une mise en scène fantastique! Une émotion aportée par les acteurs, accompagné par de magnifiques musiques, une effervessance montant tout le long de la pièce, qui nous fait exploser dans la dernière scène, incapables de retenir nos sentiments… un tout qui vous fait ressortire de la salle totalement boulversé! Un moment magique que je vous encourage à aller vivre!

    Je suis sortie en pleure, incapable de contrôler mes émotions, et heureusement toute la troupe était là à la sortie! Merci encore à eux pour ce moment exeptionel qu’il nous ont fait partager! <3

    Laura Subil / Répondre

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