Théâtrorama

Magali Léris travaille sur Roméo depuis quelques années. Elle avait notamment mis en scène un « Roméo et Juliette » version hip-hop. Elle a fait travailler des jeunes, lors d’ateliers, sur ce texte difficile. Elle le connait donc sur le bout des lèvres et du corps ce qui lui permet de l’utiliser comme matériau brut de travail. En l’occurrence, il s’agit d’une toute nouvelle traduction très réussie de Blandine Pelissier. Comment représente-t-on Roméo et Juliette dans le ici et maintenant?

On croit connaître l’histoire par cœur et pourtant on va la redécouvrir. Lorsque Roméo rencontre la toute jeune fille de la famille ennemie de la sienne, il tombe amoureux. Comment vivre un amour interdit? Quelle réaction a-t-on à quinze ans face à cette chute?

crédit photo Hervé Bellamy

De l’humour au drame
Ceux qui sont allés voir West side story au théâtre du châtelet ne seront peut-être pas impressionnés par ces grands échafaudages qui occupent largement l’espace scénique. Les deux parties de cette construction monumentale représentent l’extérieur des grandes maisons Capulet/Montaigu et sont elles-même reliées par quelques barres d’échafaudages. Un décor parfait pour cette pièce qui permettra un jeu sur différentes hauteurs, la chambre de Juliette se situant, comme une évidence, tout en haut. Une image de lutte et d’enfermement qui colle à la mise en scène du drame. Magali Léris a choisi ici de nous présenter un « Roméo et Juliette » extrêmement stylisé et jouant sur les genres théâtraux.

Crédit photo Fabienne Rappeneau

Le début de la pièce est monté comme une comédie, on nous présente les personnages qui sont chacun dans un rôle très défini. D’un côté la bande de jeunes avec le rigolo, le suiveur et enfin le ténébreux Roméo qui est ici représenté comme un adolescent plutôt dépressif. De l’autre, un clan plus sombre, cuirasses noires et cheveux en bataille, les Capulets. Le monde des adultes, quant à lui, se dresse, empli de rigueur et de lois. Même la nourrice que l’on voit habituellement un peu affaissée et bedonnante est ici tout à fait présentable. Les costumes situent la pièce hors du temps, la mettant au goût du jour sans pour autant nous imposer une image trop actuelle qui nous sortirait de l’histoire. On rit de bon cœur en voyant les personnages gesticuler, se chercher, s’amuser.

Roméo désespéré, bien que sincère, est tout à fait ridicule ce qui ne manque pas de le rendre touchant et séduisant. Juliette arrive, très typée également, toute en déhanchements et en « euh » démonstratifs. Pourtant, si ces archétypes d’adolescents sont au début un peu difficiles à croire, on passe bien vite au-delà des codes comiques et l’on est atteint par la fraicheur et la vivacité des personnages. On peut saluer la prestation des comédiens qui parviennent à maintenir leurs rôles dans un genre comique tout en conservant une sincérité et un investissement époustouflants. Lorsque l’action tourne mal, les cordes du genre se nouent et les personnages entrent dans ce que l’on peut nommer un drame. L’effet de mise en scène est clair, rendre à Shakespeare son humour afin que l’on apprécie au mieux l’aspect dramatique de l’histoire. C’est, en ce sens, une réussite puisque la précision dans la direction d’acteur et l’utilisation de l’espace font de la pièce un bloc d’émotions.

Le spectacle est tout aussi massif et imposant que le décor. Le passage au chant est parfaitement justifié par la douleur et, si l’on pouvait ôter tout aspect péjoratif à ce terme, on parlerait volontiers d’un grand et beau mélodrame. Seul petit bémol, le comique est amené par des procédés trop souvent grossiers qui, s’ils sont justifiés et rendent son humour à l’auteur, le privent cependant parfois de sa poésie. Les comédiens sont tous excellents, même si ma pensée va tout particulièrement à une Juliette qui fait vibrer d’émotion et un Roméo dévastateur. La traduction est sur mesure, les mots sont bien choisis, le langage de la jeunesse est réinventé. Elle offre réellement une seconde vie au texte de Shakespeare. Un spectacle, donc, qui mêle deux genres avec une intelligence rare du texte et de l’espace scénique. Bien qu’il paraisse regrettable, tant qu’à jouer sur les genres, de ne pas aborder le déchirement palpable dans le texte entre drame et tragédie. S’agit-il du destin qui s’impose à Roméo et Juliette? Ce destin forgé par une rivalité familiale ancestrale, une faute commise on ne sait plus quand. Ou bien cela est-il dû à une somme d’erreurs humaines qui auraient chacune pu être évitée? Prendre comme axe de jeu l’âge du duo amoureux est fondé et efficace. Une pièce parfaitement orchestrée, un plaisir pour l’oreille, le cœur et les yeux.

Roméo et Juliette
De Shakespeare, traduction Blandine Pelissier
Mise en scène de Magali Léris
Avec Grégoire Baujat, Eddie Chignara, Stéphane Comby, Benjamin Egner, Christophe d’Esposti, Clovis Fouin, Marc Lamigeon, Fanny Paliard, Christophe Reymond, Aude Thirion, Cassandre Vittu de Kerraoul
Du 9 au 20 novembre Théâtre Jean Arp de Clamart (92)
Mardi, mercredi, vendredi et samedi à 20H30, Dimanche et jeudi 11 à 16h, jeudi 18 à 19h30,

22 Rue Paul Vaillant-Couturier 92140 Clamart
Réservations: 01 41 90 17 02
site web

Du 26 au 28 novembre Théâtre Jean Vilar de Suresnes (92)
Les 3 et 4 décembre Théâtre Paul Eluard de Choisy Le Roi (94)
Le 11 décembre La Ferme du Bel Ebat de Guyancourt (78)
Du 3 au 30 janvier Théâtre des Quartiers d’Ivry Centre Dramatique National du Val de Marne en préfiguration
Les 3 et 4 mars Le Pôle culturel d’Alfortville (94)
Le 8 mars Théâtre de Cachan (94)

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