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Rock Trading de Marielle Pinsard

Rock Trading de Marielle PinsardAprès nous avoir initiés à la drague à l’africaine – On va tout dallaser Paméla ! – Marielle Pinsard, metteure en scène suisse revient sur la scène du Tarmac à Paris avec un spectacle tout aussi joyeusement foutraque. Dans ce spectacle, elle notait déjà nos échappées solitaires face à l’écran de nos ordinateurs et de nos Smartphones, dans Rock Trading, son dernier spectacle, elle s’attaque au monde de la finance et à ses échappées encore plus folles dans les algorithmes. Aucune démonstration, pas la moindre envie de faire la leçon, mais de dire certaines vérités sans avoir l’air d’y toucher avec un humour féroce et des solutions sous forme de pas de côté.

On the rock

« En 2015, dit Marielle Pinsard dans la présentation de son projet, lorsque nous avons commencé à nous documenter et travailler en workshops sur ce projet lié au monde de la finance, nous comptions aborder spécifiquement le monde des traders, sa langue, ses rites. Mais, au cours de ces derniers deux, trois ans, les hommes faisant des transactions dans les fosses des bourses du monde entier ont été remplacés par des machines bien plus rapides et plus performantes que les êtres humains. À la fin de 2017, de nouveaux algorithmes aux performances hallucinantes sont entrés sur le marché et, en s’appliquant aux transactions boursières, sont à l’origine de ce que l’on appelle la finance à haute fréquence ».
Exit donc la figure du trader devenue obsolète et sur laquelle s’appuyait le spectacle. Même si la réalité dépasse la fiction et si le trader est depuis devenu comédien en la personne d’Angelo Dell’Aquila qui joue dans le spectacle.

Allez on change…

Sur le plateau cohabitent un jardin qui hésite entre le potager et l’exotisme d’une jungle fantasmée, une pseudo caverne, une terrasse d’agrément rococo et un espace en hauteur qui devient tour à tour montagne, temple tibétain, piscine ou boîte de nuit. Un choeur de huit humains surgissent au centre du plateau. Tous habillés de ces costumes gris, uniformes attachés à la fonction du trader. Comme les enfants qui décident en un « tour de mots » de changer d’histoire, un grand nombre de personnages fictifs, historiques se rencontrent pour raconter l’homme. La machine, quant à elle, se raconte seule en fond de scène et fait defiler des algorithmes alors que se crée en direct une bande sonore et musicale qui donne le rythme Grégory Duret, musicien et acteur tout terrain).

Tout dérape très vite. À partir du moment où se pose cette simple question: que fait l’homme que ne fait pas encore la machine ? Qu’est ce qui peut définir typiquement l’être humain pour lui éviter de se comparer à la machine ? Pour Marielle Pinsard et ses acolytes, la réponse est simple : l’humain aime, pleure, rit, rote, échange, pète…tout cela simultanément ou dans le désordre en fonction des émotions du moment. Ce qui le caractérise aussi, c’est sa capacité d’inventer et de raconter des histoires. S’appuyant sur les mouvements du corps, le jeu se redéfinit en permanence pour faire éclater la fable et le sens induisant des changements permanents et inattendus des situations.
La dette enceinte, vomit, prête à faire éclater sa bulle, accompagne des miss de tous acabits (Miss Krach, Miss Butin, Miss Quatre- Heures…), Karl Lagerfeld se transforme en épouvantail, Federer se cherche un terrain de tennis…

Dans ce foutoir organisé, la machine va de plus en plus vite et le trader-comédien-gourou qui essaie de la concurrencer ne parvient pas à la rattraper et il en perd ses bras (extraordinaire performance de rapidité d’Angelo Dell’Aquila). Sautant, virevoltant, dansant, dans un mouvement permanent, sans jamais laisser tomber l’énergie, les acteurs ne laissent aucune place au théorique et au démonstratif, soutenus par une direction d’acteurs qui s’attache au sens littéral des mots et transforme les métaphores en réalités scéniques.

Pour rester vivants et ne pas se laisser piéger, les humains font preuve d’une imagination débordante comme pour faire contrepoids à la rapidité de la machine considérée encore comme « assistant utilisateur ». Même si certaines explications, certaines inquiétudes transparaissent, nous sommes loin du documentaire, de l’histoire ou de la philosophie, chaque situation dérape vers l’onirique, le jeu enfantin ou l’absurde, permettant le pas de côté que -pour l’instant- la machine ne peut pas faire. À la fin du spectacle, celle-ci semble gagner d’une courte tête, pourtant rien n’est clair dans ce score. Juste une pointe de pessimisme momentané comme si le spectacle était encore un chantier en cours où tout peut encore arriver.
Face à des machines qui ont des taux d’erreur de zéro pour cent, ce qui caractérise l’humain, nous dit Marielle Pinsard, c’est précisément cette grande marge d’erreur liée à l’émotion qui accompagne la plupart de nos actes. Elle revendique alors la lenteur, l’imperfection, la naïveté de l’humain, remettant en question le monde de la finance réglé par les algorithmes avec ses excès de confiance, ses moments d’euphorie et la déresponsabilisation qui conduisent au chaos. Un spectacle qui donne envie de ranger tous nos objets connectés dans le placard et d’aller faire un tour !…

Rock Trading/ C’est la faute aux enfants
Texte et Mise en scène : Marielle Pinsard
Assistante à la mise en scène : Judith Ribardière
Avec Léna Chambouleyron, Carole Costantini, Angelo Dell’Aquila, Gregory Duret, Harold Henning, Pierre Laneyrie, Valerio Scamuffa, Anne-Sophie Sterck

Éléments dramaturgiques : Yaël Steinmann
Création sonore : Grégory Duret
Scénographie : Yves Besson
Création lumière : Christophe Glanzmann
Création vidéo : Camille de Dieu (z1 Studio)
Costumes et accessoires : Samantha Landgarin, Marion Schmid
Durée estimée : 1h40
Crédit photos : Samuel Rubio

Jusqu’au 1er Juin au Tarmac

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