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Roberto Zucco

Roberto Zucco

Avis de recherche… C’est d’abord un fait divers des années 80. Une affiche placardée sur les murs, l’avis de recherche d’un assassin.

À 15 ans, il avait déjà tué père et mère et avait été interné. Ensuite, il avait semblé si normal, tellement normal qu’on l’avait libéré et qu’il avait pu faire des études universitaires. À 26 ans, tout bascule à nouveau et il vient de tuer six personnes en un mois. Son nom Roberto Succo qui, une fois repris, finira par se suicider alors que « son seul rêve était de courir dans la rue ».

Partant de la matière brute de ce fait divers, Bernard-Marie Koltès transforme le nom et écrit « Roberto Zucco ». Fasciné par l’histoire, il la transforme en trajectoire fulgurante. Dans la mise en scène de Richard Brunel, également directeur de la Comédie de Valence, Roberto Zucco a les traits de Pio Marmaï -connu surtout au cinéma- qui en fait un personnage naïf, fort et touchant tout à la fois, lumineux comme un soleil noir.

« Comme un train qui a déraillé… »

Cette mise en scène inspirée et rigoureuse donne à voir toutes les nuances d’un texte qui ne manqua pas de susciter certaines polémiques à sa création dans les années 90. Jouant sur un espace qui utilise toutes les dimensions , la scénographie de Anouk Dell’Aiera et les lumières de Laurent Castaingt inventent et réinventent sans cesse l’espace, mélangeant intérieur et extérieur, à l’aide d’échafaudages et de parois coulissantes. Sur un tel plateau qui nécessite un jeu physique et ample, les acteurs sont défiés et mis en danger en permanence. La mise en scène prend souvent une forme cinématographique qui joue sur les plans serrés ou le lointain, les scènes intimes et les scènes de foule, où chaque séquence devient une sorte d’hologramme qui fait sens et reflète la totalité de l’histoire.

Roberto ZuccoKoltès, par la voix de la Mère parle de Roberto Zucco comme d’un train qui a déraillé. Sa violence contenue ricoche sur celle du monde. Dans sa mise en scène, Richard Brunel privilégie la forme chorale au travers des autres personnages. Koltès a libéré le personnage de Zucco du fait divers. Cassant la réalité, il en fait un héros tragique qui n’existe que dans sa rencontre avec les autres. Sa violence imprévisible devient ainsi le révélateur de celle que chacun porte en soi. L’écriture rapide découpe des séquences au rythme haletant dans lesquelles toute action naît de l’instant, sans prédétermination. Chaque action interroge sur la personnalité de Zucco. Un intellectuel qui a déraillé ? Un enfant en mal d’amour ? Une bête sanguinaire ? À la fois visible et invisible, jouant avec l’espace et la lumière, Pio Marmaï est un Roberto Zucco de l’instant, au jeu très physique, à la fois capable de montées de violence soudaine et en recherche d’amour.  » Ni monstre, ni héros, il attire et entraîne chaque personnage qu’il rencontre dans sa ronde infernale » , tout en rêvant de devenir transparent pour se fondre dans la nuit. Présent ou absent, il révèle les failles de chacun et les béances de ce monde dit « normal ».

Face à la course folle de Zucco qui sème la mort sur son chemin, la rencontre avec la Gamine offre une ligne de fuite. Deux points de jonction. Deux trajectoires. Autour de ce couple improbable, en mal de reconnaissance et avide de liberté, les différents cercles auxquels ils tentent d’échapper : le premier cercle de la famille, celui plus large du quartier, puis de la ville entière limitée à l’espace d’un jardin public dans lequel se dénouera l’histoire. Sa fin inéluctable, Roberto Zucco la connaît. « De toutes façons, affirme-t-il, un an, cent ans, c’est pareil…Tôt ou tard, on doit tous mourir, tous. Et ça fait chanter les oiseaux, ça fait rire les oiseaux ! « . Dernier défi ou dernier pied de nez au « tragique du hasard, du surgissement, de l’incontrôlé et de l’inexplicable ».

  Roberto Zucco
De Bernard-Marie Koltès
Mise en scène : Richard Brunel
Scénographie : Anouk Dell’Aiera
Avec Axel Bogousslavsky, Noémie Develay-Ressiguier, Evelyne Didi, Valérie Larroque,Pio Marmaï, Babacar M’Baye Fall, Laurent Meininger, Luce Mouchel, Tibor Ockenfels, Lamya Regragui, Christian Scelles, Samira Sedira, Thibault Vinçon, Nicolas Hénault.
Lumière : Laurent Castaingt
Son : Michaël Selam
Durée : 1 h 40
Crédit photo : JeanLouisFernandez0
Jusqu’au au 20 Février au Théâtre Gérard Philippe

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