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Richard III

« Malheur au pays gouverné par un enfant ! » s’exclame un citoyen dans la pièce Richard III. Et Dieu sait si ce Richard mis en scène par Jean Claude Fall est un sale gosse ! Haineux, vitupérant, grossier, cynique et sans doute malheureux de ne pas savoir se faire aimer, il en rajoute jusqu’à en devenir abject. Il surgit dès le début de la pièce en haut de cette sorte de grande feuille qui semble être tombée par hasard sur la scène. Une scénographie imaginée par Gérard Didier et qui dans sa configuration met sans arrêt les acteurs en danger quelle que soit leur position dans l’espace.

Le parti pris de Jean-Claude Fall, le metteur en scène et directeur du Théâtre des treize Vents à Montpellier, a été de présenter un diptyque de pièces indépendantes l’une de l’autre, autour de la figure paternelle. Si Le roi Lear, l’autre pièce du diptyque, représente le père dévorateur de ses enfants qui les étrangle et les tue, Richard III conjugue en creux la figure absente du père qui va conduire les protagonistes à cette lutte à mort pour la légitimité et l’héritage.

Édouard IV est roi. Mais Richard, duc de Gloucester, a décidé de parvenir au pouvoir par tous les moyens. Il élimine tous ceux qui font obstacle à son ascension vers le trône à commencer par ses frères, le roi lui-même et ses fils… C’est le début d’une histoire féroce…En l’absence d’une légitimité royale claire et acceptée de tous, les fils vont s’entretuer jusqu’au dernier. Dans l’ombre œuvre Richard, le vilain canard, le boiteux, le bossu, le « pas fini ». Entouré d’acolytes représentés sous les traits de mafieux, exécutant les contrats qu’il ordonne, Richard dresse les uns contre les autres, fomente des complots et fait enfermer puis tuer ceux qui tentent de s’opposer à sa conquête du pouvoir. Comme un enfant capricieux, il joue au jeu de la vie et de la mort avec une joie féroce et totale, livré à la jouissance de n’être soumis à aucune loi, de n’avoir aucune borne ni aucune limite.

Quotidien d’un tyran
Cette pièce réunit tous les thèmes récurrents chers à l’auteur. La prise du pouvoir, son exercice et sa perte, l’héritage avec ses guerres entre les héritiers, la légitimité de l’aînesse opposée à la bâtardise, l’épreuve de force de la guerre avec le sang et ses délires meurtriers, l’innocence assassinée avec le meurtre des enfants et la loi du plus fort. Nous sommes au cœur même de ce que Shakespeare nommait « le Grand Mécanisme ».

Ouvragé comme une grille, le dispositif scénographique permet, suivant la lumière de figurer une prison, un extérieur ou les souterrains d’un château. Le décor épuré – qui ne se laisse pas oublier et qui limite parfois les comédiens dans leur jeu – se transforme en monde noir et labyrinthique lorsque l’ombre apparaît. Le jeu des acteurs se fait entre le plein et le vide, le clos et l’ouvert. Nous sommes en fait à l’intérieur de l’esprit de Richard qui joue à la guerre, à la mort, sanguinaire par jeu et amoureux par caprice. David Ayala qui incarne Richard, tire le personnage vers la farce, la grossièreté et la provocation jusqu’à l’insupportable. On peut regretter parfois cette outrance dans le jeu qui, maintenue tout au long de la pièce, finit par gommer les quelques moments de fragilité du personnage, l’effroi et la solitude qui précèdent la mort à la fin de la pièce.

Histoire violente qui débouche sur une guerre fratricide, la tragédie de Richard III est en résonance étroite avec le bruit et la fureur de notre époque. La mise en scène résolument contemporaine y ajoute des références d’aujourd’hui que ne démentent pas l’écriture luxuriante, foisonnante, excessive de la pièce.

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] Richard III (site web)
De William Shakespeare
Traduction : Jean- Michel Desprats
Mise en Scène : Jean-Claude Fall
Avec David AYALA, Marc BAYLET, Jean-Claude BONNIFAIT, Hillal BENDRA, Ludovic DUPLESSIS et Corten PEREZ-HOUIS (en alternance), Julien GUILL, Vanessa LIAUTEY, Grégory NARDELLA, Patrick OTON, Alex SELMANE
et la troupe du Théâtre des Treize Vents :
Fouad DEKKICHE, Isabelle FÜRST, Fanny RUDELLE, Luc SABOT, Christel TOURET

Du 4 au 31 Janvier 2010
Mardi, mercredi, vendredi, samedi à 19 h 30, Jeudi à 19 h, Dimanche à 16 h

Théâtre des Quartiers d’Ivry
1 rue Simon Dereure – Ivry sur Seine
01 43 90 11 11
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