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Rêves

De la réalité à la fiction, il n’y a qu’un pas d’écrivain. Deux univers parallèles qui se confondent le temps de la création. Réflexion sur la création, « Rêves » assène un texte puissant où Wajdi Mouawad distille ses thèmes obsessionnels.

L’intrigue se raconte comme une histoire sans relief avant de basculer dans une fantasmagorie scénique magistrale. Un jeune homme, Willem, loue une chambre d’hôtel pour une nuit. Son unique objectif : s’isoler du monde extérieur pour ouvrir les portes de son monde intérieur et jeter sur le papier les mots qui serviront de support à son nouveau roman. L’hôtel est désert, la tenancière trop bavarde (la solitude crée une éjaculation verbale à la première rencontre pour se soulager du poids des mots bloqués au travers d’une gorge sèche). La chambre simple va se transformer en creuset de création. Incantation païenne, l’écrivain en appelle à son imagination pour la maïeutique lexicale. L’homme se met en veilleuse, l’auteur s’éveille, se dédouble pour capter les mots à la source et plonger dans son inspiration pour ramener à la surface une histoire, qui malgré la distance n’est jamais que la sienne qu’il couche sur le papier noirci. Les personnages prennent vie sous nos yeux et ne tardent pas à affirmer leur indépendance. Double de l’auteur, ils se racontent et entament un dialogue avec l’écrivain à qui sa création finit par échapper dans une transe de l’écriture libératrice.

Rêves

Rêves ou cauchemar ?
L’imagination s’incarne dans une espèce de Méphistophélès avec qui l’auteur a passé le pacte de la création en échange de sa paix intérieure. Ecrire c’est réveiller ses vieux démons, jouer avec ses peurs, exorciser ses angoisses. Pas d’écriture sans rythme qui rejoint la cérémonie pour scander des percussions qui accompagnent les mots qui percutent le public comme une poésie du pire. Chaque personnage forme un unique individu qui évolue dans une descente aux enfers reprenant les thèmes de la guerre, de l’exil, de l’enfance. Quête identitaire de Suleiman, « l’homme qui marche vers la mer », comme le temps qui passe dans un mouvement perpétuel qui le ramène à l’origine du mal. Ecriture cathartique qui atteint son paroxysme avec un Suleiman l’ensanglanté qui torture son auteur de souvenirs saignants.

Igor Mendjisky réussit l’alchimie de la fiction et de la réalité en les faisant s’imbriquer étroitement comme des espaces superposés et en jouant avec une symbolique marquée. Loin de finir en chaos anarchique, la mise en scène enchaîne le lien logique de la création. Les personnages se succèdent pour peupler l’imaginaire qui surgit dans la réalité de l’auteur et pour finir dans celle de la tenancière. Les comédiens de la compagnie des Sans cou se complètent en pièce manquante du puzzle pour former le tableau final. Une parfaite répartition de l’énergie qui donne l’impression qu’ils parlent d’une seule voix pour servir un texte où les mots s’enfoncent dans l’esprit comme des couteaux acérés de colère. Le rêve devient douleur, la création une torture, laissant l’auteur exsangue mais apaisé d’avoir trouvé les mots justes.

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] Rêves (site web)
De Wajdi Mouawad
Mise en scène par Igor Mendjisky assisté par Thibault Joulié
Avec Arthur Ribo , Igor Mendjisky , Estelle Vincent , Arnaud Pfeiffer , Imer Kutlovci , Jenny Mutela , Isabelle Habiague , Esther Van den Driessche , Romain Cottard , Clément Aubert , Romain Joutard
Lumières : Thibault Joulié
Costumes : May Katrem
Musique et sons : Romain Joutard
Chorégraphie : Esther Van den Driessche

Jusqu’au 9 janvier 2010
Du mercredi au samedi à 21h / Samedi à 17h / Dimanche à 15h

Théâtre Mouffetard
73, rue Mouffetard ,75005 Paris
Réservations : 01 43 31 11 99
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