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Dans la République du Bonheur mis en scène par Camille Saintagne

Dans la République du BonheurLa compagnie Satin Rose présente avec Dans la République du Bonheur une jolie plongée dans l’horreur quotidienne d’une petite famille britannique. La pièce est de l’auteur anglais Martin Crimp, et si on peut lui reprocher un manque de fond, elle se déploie en revanche dans tous les recoins possibles de son sujet, elle en explore chaque grenier à grand-mère, chaque paillasson à l’effigie de Mickey, chaque placard à balais rempli de morts-vivants.

On assiste à la fin d’une civilisation : celle héritée des Trente glorieuses et du bonheur consommatoire. Si aucune porte de sortie n’est proposée, on a au moins la joie de voir massacrée cette médiocrité habillée de faux chic, cette illusion du luxe pour tous. C’est la fin des puddings, des serviettes autonettoyantes et des coupons de réduction à Intermarché. On ne les regrettera pas. L’humanité reprend ses droits à la folie.

Un tourbillon d’horreur joyeuse

Les comédiens et comédiennes transmettent un enthousiasme contagieux. Trouveraient-ils dans cette pièce matière à règlements de comptes ? Comme une occasion à ne pas manquer ? Ils nous emmènent avec eux dans ce tourbillon d’horreur joyeuse, de terreur des repas de Noël, de faux-semblants à s’en faire péter la dernière opération de chirurgie esthétique. Le jeu n’est pas toujours assuré : il y a des hésitations, des petits glissements de terrain sémantiques, des hoquets, des masques parfois trop tirés, parfois pas assez.

Dans la République du Bonheur

À l’image de la première partie de la mise en scène, les comédiens cherchent un diapason dans leur jeu, une harmonie qui n’était pas encore tout à fait présente lors de la représentation donnée à Mains d’œuvres. Certains comédiens portent des postiches, d’autres non. Il y des degrés divers dans les compositions des personnages. Si cela donne une impression parfois brouillonne, c’est heureusement insuffisant pour nous décourager. L’on voit avec un grand plaisir décoller les deuxième et troisième parties du spectacle, qui épousent totalement le délire de l’écriture. Le Star Trek cheap effarant qui se déroule devant nos yeux, cueillera celui ou celle qui saura ouvrir son cœur aux émouvants secrets de la laideur. Il y a des petites chorégraphies kitsch et drôles. Il y a des tours de chant.

À cet exercice d’ailleurs, Moira Dalant est très convaincante, tour-à-tour Cruella chanteresse puis créature lynchéenne. Il y des petits défauts dans cette proposition, mais l’ensemble s’avère solide et inventif. Le plateau est tenu par des comédiennes et des comédiens talentueux, qui ont une envie d’en découdre chevillée au corps. Vous ne perdrez pas votre temps en allant voir cette belle mise en scène qui jouera tout l’été au festival d’Avignon.

Dans la République du Bonheur
De Martin Crimp (traduction Philippe Dijan, l’Arche est agent théâtral et éditeur de l’œuvre représentée)
Mise en scène : Camille Saintagne
Avec : Daniel Baldauf, Louise Cassin, Moïra Dalant, Pablo Gallego, Henry Lemaigre, Ninon Leyshon, Lise Moreau, Cécile Oquendo
Compositeur et musicien live : Victor Pitoiset
Costumes : Anna Salles
Crédit photos : Louise Courtel

Vu à Mains d’Œuvres, Saint-Ouen, le 4 juin.

Représentations à Avignon du 6 au 29 juillet au théâtre du Vieux Balancier à 22h

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