Théâtrorama

Loufoque, déjanté, jubilatoire…Tous ces qualificatifs pourraient s’appliquer au diptyque de Gabriel Caldéron dont il sera question ici et programmé au Studio Casanova à Ivry. Pourtant, ces adjectifs sont trop galvaudés pour rendre compte de la profondeur et de la pertinence de l’écriture de ce jeune auteur uruguayen. On rit beaucoup et d’une situation à l’autre, on est conduit là où il était totalement imprévisible d’arriver.

À peine âgé de trente ans, Gabriel Calderon a reçu de nombreux prix nationaux et internationaux. Il est traduit et joué pour la première fois en France grâce à une rencontre à Montevideo avec Adel Hakim, metteur en scène et co-directeur du Théâtre des Quartiers d’Ivry en région parisienne, qui Après Antigone et le Théâtre National Palestinien, s’engage à nouveau dans cette exploration des théâtres du monde.

Un humour cruel
Résolument subversif, le théâtre de Calderon se développe selon un modèle social en apparence sans histoires pour mieux le faire exploser de l’intérieur. Avec un humour cruel, usant de la provocation, de l’ironie et d’une satire féroce, il fait de la famille avec ses hiérarchies et ses mensonges, la cellule politique primordiale et prend dans ses pièces un engagement radical.

Influencé par le fantastique et le réalisme merveilleux de la littérature sud-américaine, il met ses pas dans ceux de ses grands aînés, de Borgès à Amado en passant par Eduardo Manet et Copi. L’Uruguay est un pays de censure. La folie familiale permet à Calderon d’aborder les grands thèmes de la globalisation : le terrorisme, la violence, les guerres, la sexualité, le refoulement, le vertige de l’avenir et la hantise du passé.

Dans les deux premiers opus de la trilogie, on retrouve le même cadre: une petite ville tranquille, des familles sans histoires accomplissant avec beaucoup de dévotion leur devoir religieux ou citoyen. Mais le choix des uns contamine le système des autres. Dans « Ore », en choisissant de devenir soldat, le fils opte aussi pour le camp des tortionnaires de sa sœur disparue, en obéissant à l’appel de Dieu, Grace, dans « Ouz », met le doigt dans un engrenage qui va contribuer en fin de parcours à renverser les situations et à faire éclater la bulle des vertus, des apparences physiques ou sexuelles, des bonnes manières et des hypocrisies.

 » Ceci est une guerre entre les normaux et les bizarres, dans laquelle nous les bizarres, sommes destinés à vaincre » dit un des personnages de « Ore ». Filant la métaphore, osant les transformations les plus improbables, Calderon abolit les genres théâtraux. Ore explore en une seule pièce, la tragédie, le comique et le tragi-comique, interroge les identités (que se passe-t-il lorsqu’un militaire machiste se trouve dans le corps d’une fille ?), notre façon de manipuler l’Histoire au profit de l’anecdotique…

La mise en scène assurée par Calderon lui-même dans « Ouz » et Adel Akim dans « Ore » permet à chaque acteur d’explorer toute une palette de jeu qui les transforme tour à tour en homme, en femme, en extra-terrestre, en petite fille ou en travesti. L’éclatement de la cellule familiale et sociale, l’abolition des différences sexuelles ou générationnelles nous entraînent dans une traversée du miroir en forme de comédie des erreurs. Dans toute cette folie, au bout de trois heures de spectacle, il reste cette unique idée : le monde est décidément une bien grande méprise. Une trilogie à découvrir en urgence histoire de se remettre les neurones à l’endroit !

[note_box]Radical Calderon
TRILOGIE URUGAYENNE
De Gabriel CALDERON

ORE (en français)
Traduction : Maryse Aubert
Mise en scène : Adel HAKIM en collaboration avec Gabriel CALDERON

OUZ (en français)
Traduction : Françoise Thanas
Mise en scène : Gabriel CALDERON en collaboration avec Adel HAKIM
Scénographie et lumières : Yves COLLET

Avec Véronique ATALY, Anthony AUDOUX, Philippe CHERDEL, Eddie CHIGNARA, Bénédicte CHOISNET, Étienne COQUEREAU, Matthieu DESSERTINE, Louise LEMOINE-TORRES, Ana Karina LOMBARDI- Lara SUYEUX

Crédit photos : Nabil Boutros[/note_box]

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