Théâtrorama

Race

Premiers pas sur les planches pour Yvan Attal, qui campe avec aplomb un ténor du barreau sous la plume d’un David Mamet délicieusement machiavélique. Une passionnante plongée dans un imbroglio où s’entremêlent justice, affaire de mœurs et histoire raciale. Une solide réussite.

Les cinéphiles le connaissent bien. Scénariste chez De Palma, cinéaste à plusieurs reprises (« La prisonnière espagnole » et « L’honneur des Winslow » pour ne citer que ses deux films majeurs), David Mamet pratique l’art du dialogue souvent cru pour mieux faire ressortir toute la bestialité qu’induisent certains affrontements, surtout s’ils mettent en présence des institutions. Ainsi dans « L’honneur des Winslow » qui met aux prises un père face à la très sélecte Amirauté de la Couronne. Jouant avec une évidente délectation de ses personnages en leur tendant un miroir de leur propre médiocrité, le scénariste Mamet a aussi quelques pièces majeures dans sa filmographie où la presse (« Des hommes d’influence »), les affaires de mœurs (« A couteaux tirés ») ou les sérials killers (« Hannibal ») sont décortiqués avec l’observation de l’entomologiste et l’humour vachard de l’amuseur narquois et cynique.

« Race » puise un peu dans tous ces genres. Deux ténors du barreau d’un cynisme réaliste. L’un est blanc, l’autre noir. Une assistante, brillante. Noire aussi. Et un accusé. Célèbre. Acculé par la presse dans un scandale de viol présumé sur une femme de chambre noire dans un hôtel. Sur cette base va se tisser un camaïeu machiavélique sur fond de racisme, de haine, de spéculation, d’enquête, de trahison. Car Mamet ne va pas se contenter d’une histoire linéaire et cousue de fil blanc. N’hésitant pas à prendre le contrepied radical de certaines vérités, il laisse allégrement se craqueler tous les vernis de respectabilité qui recouvrent les personnages, tous affichant sans vergogne des aspects plus que répréhensibles, tellement humains au fond.

Double sens, double jeu…
L’adaptation de Pierre Laville (traducteur et adaptateur de tous les textes de Mamet) est brillante, énergique, incisive. Les phrases à l’ambivalence assumée comme une mallette à double fond laissent évader toute la perversité du propos et des protagonistes qui eux, n’hésitent pas à se livrer à un double jeu. « Si je lui ai donné de l’argent, est-ce que ça veut dire que je l’ai payée ? » interroge l’accusé. Tout fait sens et son contraire en permanence. Et la justice dans tout cela ? Sujet bien trop sérieux pour la confier à des avocats, semblent nous dire les deux ténors du barreau.

Pour sa première incursion dans le monde du théâtre, Yvan Attal, visiblement très à l’aise sur les planches, révèle une réelle polymorphie, comme un concentré de ce qu’il sait le mieux faire au cinéma. Le phrasé juste et mesuré, la voix posée et parfaitement audible, il maîtrise parfaitement ce rôle, jouant de cette sobriété dont il a fait sa marque de fabrique. Quant à ses trois partenaires, ils complètent cette affiche décidément très alléchante pour mener ce thriller psychologique à la fois intelligent, drôle et stylé vers un succès certain.

[note_box]Race
De David Mamet
Mise en scène : Pierre Laville
Avec Yvan Attal, Alex Descas, Sara Martins et Thibault de Montalembert
Assistant mise en scène : Antoine Courtray
Décors : Jacques Gabel
Lumières : Jean-Pascal Prach[/note_box]

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