Théâtrorama

Quatuor Violence

Une étrange soirée… Les divins animaux, jeune troupe de théâtre parisienne, était l’invitée le temps d’une soirée du cabaret « le Silencio ». Le décor de ce lieu, inspiré par l’univers de David Lynch, convenait parfaitement à l’esprit de cette troupe, drôle, étrange et efficace.

Autour de « la Loge », théâtre qui porte le nom de la chambre des rêves de la série Twin Peaks commence à apparaître un faisceau de troupes qui portent une esthétique en commun : celle d’une écriture de plateau, volontairement torturée, drôle et cynique. Il s’y dessine une fascination pour l’univers de Lynch, et de son continuateur français, Quentin Dupieux. Il s’y applique un goût prononcé pour l’étrange. Leur jeu décalé manipule dans une même cuisine le présent de la scène et des références à une lointaine idée du cabaret. De ce mélange, qui semble inspiré du film Mulholland Drive naît un bel univers de cauchemar, guidé par une volonté de s’inscrire dans une esthétique parfaite, parfois au risque de se rêver un peu trop comme un enfant du maître, ou comme le maître lui-même.

Ce n’est pas le cas ici, et le théâtre que nous avons vu était bien présent, nourri d’une certaine force tragique. Le fonds de l’air du temps est sombre, et cette jeune troupe a su le capter, sans s’y complaire. Dans leur spectacle Quatuor Violence d’abord, la parole s’est vue disputée, déchiquetée par des faux-semblants, par d’authentiques témoignages d’événements qui n’ont peut-être jamais eu lieu, par des rapports de police, par des chamailleries finement jouées jusqu’à la tentative de meurtre. Les comédiens et les comédiennes avaient l’œil qui frise, un humour ravageur qui cachait bien de belles sources de violence. Les prises à parti du public se sont tissées au long du spectacle pour nous ramener à l’idée de notre fin individuelle. Comment mourras-tu ? De cette question toujours éludée car confinant à la divination, naît un numéro comique dans lequel les comédiens nous jettent des sorts pour de faux, ramenant notre condition et son inéluctable violence à une caresse de théâtre. C’est curieusement réconfortant. On revient au présent, et on prend la mesure des nombreux récits qui peuplent nos vies jusqu’à l’absurde.

There’s always music in the air

C’est ensuite au sein d’un cabaret chanté que la jeune troupe a continué de s’exprimer. Et l’on a pu y découvrir de belles surprises. Ici l’écriture de plateau, à laquelle on reproche parfois sa pauvreté s’est vue transformée par le cabaret. De décor de cinéma, ce contexte scénique si particulier et phantasmatique a permis l’expression d’un rire vengeur érigé contre la violence du présent. On retiendra notamment un très beau texte, férocement drôle, sur les militants hagards du fondamentalisme religieux.

Ces jeunes comédiens et comédiennes vivent dans une ville qui est de nouveau traversée par les souffles de l’Histoire. Ballotés comme nous tous par les évènements et par la grande violence du contexte actuel, ils ont trouvé la force de composer et chanter des chansons qui nous ont donné du baume au cœur et du rire aux lèvres.

Quatuor Violence
Suivi d’un concert donné par les comédiens de la troupe, puis d’un DJ set
Conception et mise en scène : Florian Pautasso
Avec Stéphanie Aflalo, Flavien Bellec, Solal Forte, Sophie Van Everdingen
Le 18 janvier au Silencio

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