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Le Quai des brumes – Théâtre de l’Essaïon

Le Quai des brumes mis en scène par Philippe NicaudLe Quai des brumes – Après Oncle Vania adapté de l’œuvre de Tchékhov (coup de cœur du Festival Off d’Avignon 2016), Philippe Nicaud et sa troupe de comédiens réussissent le pari risqué d’adapter pour la scène le scénario Quai des Brumes de Jacques Prévert, réalisé par Marcel Carné en 1938 et dominé par le couple mythique formé par Jean Gabin et Michèle Morgan.

« Le sale brouillard »

Oubliant les prolos de cinéma du film de Carné où la violence est tenue à distance, Philippe Nicaud travaille sur une histoire d’amour sous-tendue par la déveine et la hargne : celle d’un petit gars à qui rien n’a souri avant qu’il ne rencontre les beaux yeux de Nelly…

Par une nuit ténébreuse de sale brouillard, Jean, déserteur de l’armée coloniale, arrive au Havre dans l’espoir de quitter la France. En attendant un bateau, au bout des quais, il se réfugie dans la baraque de Panama où gravitent des marginaux comme Lucien ou Michel. Il y fait la rencontre de Nelly, qui tente d’échapper à Zabel, son tuteur jaloux, lui-même racketté par une bande de voyous. Le regard de la belle et mystérieuse jeune femme le bouleverse. Par amour, Jean se mêle des affaires de Nelly et met les pieds dans un engrenage périlleux…

Le Quai des brumes – Mise en rêve

Loin d’un charisme tranquille à la Gabin, Fabrice Merlo donne au personnage de Jean de la hargne. La tête rentrée dans les épaules, il ressemble à ces hommes durs à la peine qui n’osent rien demander à la vie parce qu’ils ne savent pas recevoir. Face à lui, Sara Viot incarne une Nelly à la sensualité distante et mystérieuse, plongée dans l’attente et la crainte de ce qui surgira de l’ombre.

Dans sa baraque, entre bar et cabaret, Panama (Philippe Nicaud qui a composé aussi la musique du spectacle) règne en maître faisant naître de sa guitare la gaiété ensoleillée de l’Amérique du Sud que Jean espère atteindre. Comme un contrepoint à l’espoir qui sera forcément déçu,l’accordéon nostalgique de Pamphile Chambon, – le seul, avec son tricot et son chapeau de marin à sembler tout droit sorti du film de Carné- marque l’attente, la vie qui ne fait pas de cadeaux. De Panama à Jean en passant par le méchant Zabel (Idriss Hamida) ou l’inquiétant Lucien (Sylvestre Bourdeau), tous ces hommes ont été blessés et se cherchent une béquille pour affronter la vie et tous sont attirés comme des papillons par la lumière que représente Nelly.

Philippe Nicaud fait de sa mise en scène, une mise en rêve couleur sépia, où les projecteurs placés à vue par les comédiens, révèlent l’espace qui se construit et se déconstruit selon les visions intérieures de Jean oscillant entre rêve et cauchemar : les phares du camion qui trouent le brouillard quand il arrive au Havre, les scènes qui s’enchaînent comme au cinéma selon un découpage précis et jouent sur la profondeur de champ avec des personnages en amorce… Et puis, enveloppant tout, le brouillard, le sale brouillard, réel avec la fumée sur la scène, et comme un personnage- fantôme. Occultant ou dévoilant la réalité des uns ou des autres, jouant aussi sur un va et vient incessant qui fait passer le spectateur du théâtre au cinéma, le transformant en oeil de la caméra, il tire les ficelles dans l’ombre.

Philippe Nicaud, en revisitant le scénario de Prévert, fait ressortir la poésie « à fleur de bitume » d’un texte inoubliable tout en s’attachant aux désordres et à la nature impitoyable de ces écorchés de la vie. L’amour entre Jean et Nelly par-delà la mort sera comme un pied de nez au malheur, à la jalousie et à la folie meurtrière. « Mais l’amour est comme le malheur, souligne fort joliment Jean, il faut en avoir l’habitude pour en supporter les effets ». Un bien joli spectacle qui loin de nuire à l’œuvre originale, en réinvente la nostalgie, les musiques, les ombres et la lumière.

Le Quai des brumes

Adaptation théâtrale inédite

D’après le scénario de Jacques Prévert

Composition musicale & Mise en scène : Philippe Nicaud

Avec Sylvestre Bourdeau , Idriss Hamida, Fabrice Merlo, Philippe Nicaud , Sara Viot

À l’accordéon : Pamphile Chambon

Vendredi et samedi à 19 h 30 – Dimanche à 18 h

Durée : 1 h 20

 Jusqu’au 14 Janvier 2018 au Théâtre de l’Essaïon

 

 

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