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Puzzle, du film à la scène

Puzzle, portraits de femme avec Elisabeth BouchaudAdapter un film à la scène est une démarche de plus en plus courante. Elisabeth Bouchaud avec Puzzle propose une relecture de Portrait d’une enfant déchue de Jerry Schatzberg. Un portrait de femme diffracté par le jeu de l’entretien, celui d’une mannequin qui donne des réponses sans questions et laisse bien des questions sans réponses.

Trajectoire d’une étoile

Lou Andréas, ce n’est pas son vrai nom, plutôt un hommage. Elle était mannequin dans une autre vie. Elle jouait des rôles et portait ce qu’on lui demandait. Modèle au sens de muse, elle rencontrait les artistes et les intellectuels. Tout le monde la recevait et elle brillait par sa simple présence. Elle ne donnait pas l’impression de faire des efforts, tout lui paraissait acquis. Elle a disparu pour ainsi dire du jour au lendemain, quittant la ville, les magazines et les écrans. Le discours officiel tout le monde le connaît, mais ce qu’il y a derrière cette vie de rêve est plus difficile à cerner. Pourquoi avoir fui les caméras et les photographes pour une maison retirée et une vie insulaire si loin de New York ? C’est en saisissant le prétexte d’un film biographique qu’un photographe part à la rencontre de la star. Ainsi la pièce se constitue de leurs différents entretiens.

Ça enregistre ?

Aaron n’est pas n’importe quel photographe. Il entretient une relation particulière avec Lou qui a été son modèle et qui l’a fait débuter. Il est un témoin privilégié, mais il est loin d’avoir toutes les pièces. Ils semblent complices, ils sont amis et ont sans doute été amants. Elle ne s’en souvient plus mais s’est toujours montrée jalouse des femmes qu’il a fréquentées. Ce n’est pas une histoire d’amour mais ces entretiens font bien plus que faire remontrer le passé à la surface. La pièce repose sur la confrontation de deux acteurs aux jeux très différents. L’alchimie est rare entre Jean-Benoît Terral et son jeu tout en retenu et celui d’Elizabeth Bouchaud à la fois précis et exubérant, grave et frivole. Le dialogue repose sur ces personnalités esquissées et leur complémentarité fait merveille. Aaron est celui qui permet aux spectateurs d’entrer dans le monde de cette enfant déchu, prête à tout pour plaire à nouveau. C’est par lui que l’on apprend que la retraite de Lou était à moitié imposée par une industrie qui repose sur la jeunesse. C’est par lui encore que Lou se retrouve confronté à son passé mais surtout à son présent et surtout à une vie d’inachèvement.

Puzzle: un regard tendre et un modèle offert en spectacle

Puzzle, portraits de femme avec Elisabeth BouchaudElizabeth Bouchaud, qui a elle-même adapté le film pour le théâtre, s’est tout à fait approprier le rôle pour ne faire qu’un avec Lou. Une incarnation complexe et sans faille pour un personnage au bord de la rupture. Elle parvient à avec une rare élégance à évoquer l’écart entre le fantasme et la réalité. Quand Aaron, ce personnage de la contradiction et de la raison nous amène à voir une mythomane, l’actrice parvient à nous montrer une femme aux abois, sans cesse ramené à un passé révolu. A cet égard, si l’usage de la vidéo est problématique, l’intention de jouer entre le plateau et les images d’archives est louable : la mémoire est cruelle. Elle aurait voulu créer, écrire mais n’a jamais vraiment choisi de carrière les choses se sont faites avec elle ou malgré elle. Le décor de bric et de broc, refuge en déséquilibre aux allures de chalet, s’affirme progressivement alors que Lou devient plus nerveuse. C’est le spectacle d’une crise existentielle montré sans facilité ni jugement.

Puzzle nous livre donc le portrait fragmenté d’une cover girl. Une femme qui évoque à l’imaginaire toutes les autres femmes, un personnage à l’identité variable qui reflète surtout les différentes facettes d’une société où glamour et cruauté se côtoient. Alors ça enregistre ?

Puzzle
Adaptation du film Portrait d’une enfant déchue de Jerry Schatzberg par Elisabeth Bouchaud
Mise en scène : Serge Dangleterre
Scénographie et costumes : Kham-Lhane Phu
Avec : Elisabeth Bouchaud, Jean-Benoît Terral
Construction décor : Christian Jutan
Création lumière : Fabrice Blaise
Crédit photo : Pascal Gély

Vu au Théâtre de la Reine Blanche

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