Théâtrorama

C’est toujours une histoire de main. Fermée : en apparence muette, mais forte, décisionnaire, un doigt qui pointe et qui vient alors tout bouleverser. Ouverte : une paume qui se montre soudain, et offre ce qu’elle contient. Ici, c’est une baguette invisible et intemporelle tendue par Alexis Michalik. Porte d’entrée sur un monde familier mais génial, où les pouvoirs ne se comptent qu’au nombre d’illusions à créer.

Le Cercle des illusionnistes est l’histoire de Jean-Eugène Robert-Houdin, horloger, électricien, passionné d’automates et multi-inventeur qui a traversé le XIXe siècle, et à qui l’on doit la création des « Soirées fantastiques » qui rassemblaient sur une scène parisienne prestidigitateurs impénitents et farceurs farfelus. C’est lui qui a amené la magie au théâtre, comme Georges Méliès a amené les trucages au cinéma.

L’histoire se tire comme un fil de l’un à l’autre, de Robert-Houdin à Méliès, de toutes ces figures d’escamoteurs de talent aux moindres illusionnistes anonymes du quotidien. Par exemple, lui : Décembre, qui un jour de 1984, vole un sac dans le métro. Par exemple, elle : Avril, une Marilyn enceinte de quelques mois, employée de banque et propriétaire dudit sac. Décembre et Avril se retrouvent dans une brasserie qui diffuse un match de football. Il se met à lui raconter l’histoire de Robert-Houdin qui durera quatre-vingt-dix minutes chrono, le temps d’un match et de quelques tours de passe-passe.

Les passagers du monde
Alexis Michalik aime les conteurs, de ceux qui soufflent pour éveiller des assemblées encore endormies derrière eux. Il aime aussi faire dialoguer les croyants et les cartésiens entre eux, les voyants et les sceptiques, Dieu et les coïncidences, les cercles et les lignes continues. Depuis une crypte apparaissent et disparaissent de subtils artifices et de fabuleux escamotages qui conduisent et reconduisent de siècles en siècles et de lieux en lieux.

Ses personnages parlent plusieurs langues et se comprennent dans une seule, celle du jeu, cartes ou échecs, qui renferme un autre langage universel : la part laissée à l’art. Ils sont ainsi tous passagers de mondes qui s’imbriquent ; tous simples artisans et savants fous, répartis entre ceux qui « veulent savoir, ceux qui savent déjà et ceux qui rêvent » ; tous réunis bobine du temps fermement tenue en main, à rejoindre les origines, quelque part près des lumières, des images fixes qui naissent d’elles et qui se mettent bientôt en mouvement.

À travers Le Cercle des illusionnistes s’installe la mécanique de l’extraordinaire dans l’ordinaire, des rouages d’illusions théâtrales aux envers des décors et des incursions de hasard et de chance dans les destins. C’est ici la source même de l’illusion qui est convoquée, par cette injonction lumineuse : entrez dans le cercle, et jouez !

Le Cercle des illusionnistes
Texte et mise en scène d’Alexis Michalik
Avec Jeanne Arènes, Maud Baecker, Michel Derville, Arnaud Dupont, Vincent Joncquez et Mathieu Métral
Scénographie / vidéo : Olivier Roset
Lumière : Pascal Sautelet / Costumes : Marion Rebmann / Musique / son : Romain Trouillet
Magie : Romain Lalire
Crédit photo : Mirco Magliocca
Coproduction Théâtre des Béliers parisiens / La Pépinière / Mises en capsules
Au théâtre des Béliers parisiens jusqu’au 3 janvier 2015

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