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À la recherche de Marcel Proust

Proust - Dire Combray avec Michel VoïtaSelon Barthes, le bonheur de relire Proust réside dans le fait de ne jamais sauter les mêmes passages. Mais il faut encore avoir lu ce chef-d’œuvre avant de le relire ; Michel Voïta n’est pas dupe, avant d’en travailler le texte pour la scène, il n’avait jamais parcouru La Recherche.

Classiques parmi les classiques, les différents tomes de ce roman fleuve ont quelque chose d’intimidant. Le premier refus de Gallimard de publier le texte est légendaire : il illustre les difficultés de réception de cette œuvre majeure. Bien des réalisateurs, des metteurs en scène se sont essayés à la transposition en images de ce livre mais il semble que ce soient les lecteurs qui fassent aujourd’hui les meilleurs passeurs. Guillaume Gallienne a donné à entendre l’humour de Proust dans ses émissions radios ; Michel Voïta lui nous plonge dans l’univers sensible du narrateur. Proust est peut-être avant tout une question de voix comme nous le suggère Dire Combray.

« Longtemps je me suis couché de bonne heure »

proustLe spectacle et le livre commencent avec cette même phrase. Michel Voïta fait le choix de la première partie, du premier chapitre ; il débute la lecture avec le spectateur. Le plateau est nu, le lecteur rentre avec son folio ; nous entrons de plein pied dans Combray. Très vite, l’acteur prend le dessus et se détache du livre. ll faut bien cela pour rendre vie à ce monde d’hier, ces existences du début du XXème siècle. La diction claire et le texte par cœur, Michel Voïta nous propose un rapport intime avec l’œuvre. Il s’approprie la parole du narrateur et lui donne chair.

Combien de lignes a-t-on écrit sur le style de Proust, la complexité de la phase, la longueur des propositions ? Il n’est pas donné à tout le monde de rendre justice à cette syntaxe, à cette parole singulière. L’acteur nous épargne la vision des blocs de textes, mais nous propose un autre son de cloche. Ce n’est pas la cérébralité du narrateur qui interpelle, c’est plutôt la vivacité avec laquelle les pensées se succèdent. En donnant une âme à ce qui est écrit, en jouant sur les rythmes, Michel Voïta restitue toutes les nuances du textes. Ridicule, pathétique et fier en même temps le narrateur est avant tout un hypersensible qui cherche par tous les registres à se faire aimer.

Le narrateur est bavard, ne souffre pas le vide, mais l’acteur donne l’impression de mettre l’œuvre en conversation. Il est bien sûr question de thé, de madeleine, de rapport au temps mais avant tout d’une sensibilité. On pourra lire la suite par soi-même, ou la relire, mais l’on attend avec plaisir la prochaine mise en voix.

Proust – Dire Combray
Textes de Marcel Proust
Avec Michel Voïta
Durée 1h
Jusqu’au 19 décembre, les samedis à 21h et lundis à 20h au Théâtre de la Huchette

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