Théâtrorama

Que dire ?

C’est une histoire d’aujourd’hui, toute petite, qui cherche sa grandeur.

Quatre jeunes adultes se retrouvent dans la maison familiale pour célébrer un rituel que leur maman disparue adorait : le tirage du loto.

D’emblée, le vide de ce rituel saute aux yeux, et le besoin de sens explose dés les premières secondes dans la boucle de l’un des fils. Il s’agit de comprendre ce qui est arrivé à leur maman, comment elle a pu prendre la décision – incompréhensible à leurs yeux, et donc dérangeante – de tomber en amour d’un personnage de fiction et de décider de le rejoindre.

Victor Newman, le personnage des « Feux de l’amour » est séduisant il est vrai, avec sa belle moustache virile, son impétuosité, sa capacité à prendre des décisions pour le bien de son entreprise, sa blessure cachée d’enfant abandonné…

Mais pourquoi vouloir confondre sa vie avec un fantasme ?

Les jeunes adultes, en se confrontant à cette question entameront une quête beaucoup plus profonde sur le pouvoir de la fiction, le désir de transcendance, les grands enjeux actuels auxquels ne répondent que des pensées en kit. Ils iront, cependant, malgré la pauvreté de leurs moyens, à la recherche de leur mère.

Que faire ?

C’est l’impuissance d’agir et de raconter qui se fait jour tout d’abord. La mère n’est plus là, alors le réel se révèle dans toute sa médiocrité et son vide. Il faut trouver du sens dans sa vie, alors comment faire ? Le changement climatique menace ? Entraînons nous au survivalisme. La morosité gagne la société ? Ouvrons une chaîne YouTube. Puis de vanités en vanités, les récits à disposition s’épuisent et peu à peu les enfants se laissent envahir par la question qui les préoccupe vraiment. Ils prennent la place de la mère, la jouent, l’incarnent. Tentent-ils de la comprendre en la faisant revivre ? Tentent-ils de se comprendre eux-mêmes ?

Cette partie là du spectacle, même claire, manque encore un peu de souffle et s’apparente davantage à une suite de numéros d’acteurs qu’à un ensemble cohérent.

Mais pourtant, la mise en scène est solide et le récit agit. Les enfants abandonnés iront au bout de leur quête de sens jusqu’au délire, ils mettront leurs pas dans les pas de leur mère, ils pousseront la fiction de toute vie dans ses derniers retranchements et c’est ainsi que le spectacle finira par nous atteindre dans sa drôlerie, sa profondeur et sa mélancolie. 

  • Projet Newman
  • Conception et mise en scène Amine Adjina & Emilie Prévosteau
  • Texte: Amine Adjina
  • Avec Romain Dutheil, Guillaume Mika, Maxime Mikolajczak, Emilie Prévosteau 
  • Scénographie: Mathieu Lorry-Dupuy
  • Jusqu’au 22 décembre au Théâtre des Quartiers d’Ivry

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