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Prison possession – de François Cervantes

Prison possession - de François CervantesPrison possession est une délicate plongée dans la noirceur de la vie d’un détenu. François Cervantes, le metteur en scène et interprète de cette pièce nous dit un texte qu’il a écrit suite à sa correspondance avec un prisonnier, Erik Ferdinand. L’écrivain plongera dans cette vie et la mettra en lumière par la magie du langage, lui permettant une véritable évasion.

Seul en scène, visage éclairé – avec en arrière fond un décor qui représente à la fois la table de l’écrivain et celle du détenu dans sa cellule – François Cervantes laisse entendre les mots ainsi que leur fragilité et leur importance. Peu à peu, une analogie se fait entre la condition du détenu – qui vit dans un univers dépourvu d’imaginaire – et l’enfant perdu dans ses cris et ses rêves quand le langage n’est pas encore parvenu à le mettre en relation avec lui-même, les autres et le monde… On pense aussi bien sûr à l’écrivain face à sa feuille blanche, et à tous les imaginaires qui resteront prisonniers des têtes faute de n’avoir pu s’exprimer. Le logos est ici la seule clé qui permette de sortir de la noirceur, de s’évader de soi-même, et de vivre vraiment. En effet, une vie sans imaginaire équivaut, selon le texte, à vivre dans une réalité implacable, sans ce recul qui permettrait d’appréhender autrement les choses. Une vie difficile, linéaire… Une vie de fiction somme toute, puisque ce que ce détenu traverse ressemble fort à un film d’action, avec braquages, fuites en hélicoptère… C’est là un des très beaux et inattendus éclairages que propose le texte : Qui ne possède pas le langage, est condamné à vivre dans une fiction. Être un personnage dans une vie que d’autres écrivent, ne jamais vraiment pouvoir infléchir le scénario.

S’évader ?

Le spectacle est réussi et chacun pourra repartir avec cette histoire de prisonnier dans la tête. Chacun le fera s’évader à son tour, pourra repenser à ses propres chaînes et mettre des mots dessus. Pouvoir raconter, c’est pouvoir s’évader, tourner la page. Le langage redevient à la faveur de ce spectacle un allié objectif précieux. Il nous réapparaît dans sa capacité à accéder à la poésie du monde comme dans ses aspects les plus concrets. Seul bémol, il faut parfois faire un effort d’abstraction pour oublier l’interprète qui reste curieusement au centre du dispositif. Il ne s’efface jamais complètement derrière le langage et frise – très paradoxalement – l’incarnation. Cela peut – selon, bien entendu les sensibilités de chacun -, nuire à une plongée plus complète dans le très beau texte qu’il tente de nous transmettre.

 

Prison possession
De et avec François Cervantes (à partir d’une correspondance avec Erik Ferdinand)
Assisté de Catherine Germain et Xavier Brousseson
Lumière et régie générale Xavier Brousse
Scénographie: Harel Luz
Construction des décors: Christian Geschvindermann et Arnaud Obric
Dispositif lumière: Philippe Domengie – Le nomade village
Production: L’entreprise – cie François Cervantes
Coproductions Conseil Régional Provence Alpes Côte d’Azur – Théâtre de Cavaillon, scène nationale
Durée: 55min
Crédit photo : Melania Avanzato

Vu à la la Maison des Métallos

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