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Pierrot lunaire mis en scène par Jean-Philippe Desrousseaux

Pierrot lunaire mis en scène par Jean-Philippe DesrousseauxOeuvre du compositeur autrichien Arnold Schönberg, Pierrot Lunaire est né sur la scène d’un cabaret. Cette pièce de théâtre lyrique, qui a instauré la forme du parlé-chanté, est aujourd’hui présentée dans une version avec marionnettes pour un mélange des genres plein de surprises.

Pierrot aime Colombine et Colombine aime Pierrot, mais le vieux Cassandre qui voudrait épouser la jeune fille s’interpose. On retrouve avec les personnages de la Commedia dell’arte, le motif classique d’un amour impossible. Les poèmes d’Albert Giraud, auteur symboliste belge, nous raconte pourtant une histoire plus subversive que celle du théâtre populaire. Colombine se suicide pour échapper au mariage forcé et Pierrot pris de folie tue le chaperon puis l’indésirable fiancé avant de reprendre la route, sans plus de regret, pour sa ville natale de Bergame. La langue ornée du poète atténue à peine le grinçant de ce conte cruel. Le texte volontiers satirique, tout à fait onirique s’encombre moins de questions de moral que de question esthétique.

Pierrot Lunaire, une invitation auditive au voyage

Pour paraphraser Oscar Wilde, il n’y a pas d’œuvre morale ou immorale mais bien ou mal écrite. Si la postérité n’a pas retenu les vers d’Albert Giraud, elle s’est attachée en revanche à la musique de Schönberg. Alors même que le compositeur considérait Pierrot lunaire comme un travail de commande, de nombreux critiques et musiciens, parmi lesquels Stravinski, considèrent la partition comme faisant parti de ses œuvres majeures. Le parlé-chanté de Marie Lenormand (en alternance avec Fiona McGown) tient autant de la plainte que de la déclamation : c’est peut-être cette indécision qui touche le spectateur. La voix se fait émotion et invite au voyage tandis que la musique aérienne guide les pas de Pierrot sur la Lune ou au Japon peut-être.

Pierrot lunaire mis en scène par Jean-Philippe Desrousseaux

Une rêverie aux accents japonais

L’audacieux parti pris de cette mise en scène est de confier à des marionnettes japonaises le soin de jouer l’action, reléguant musicien et chanteuse en arrière plan. Jean-Philippe Desrousseaux nous transporte au cœur du théâtre bunraku. Les marionnettistes, voilés et couverts de noirs disparaissent, derrière les personnages qu’ils portent de la terre à la lune. Il suffit d’un jeu d’ombrelle pour provoquer la rêverie, de l’étoffe d’un kimono. La délicatesse des marionnettes est bien loin de nos guignols. Les profils hiératiques du bunraku confèrent une gravité au personnage de Pierrot qui convient bien à la pièce. Marionnette sans fil, le rêveur reste accroché à son destin sans vraiment prêter à rire.

En ouverture de cette pièce, le théâtre de l’Athénée a programmé les Quatorze manières de décrire la pluie d’Eisler. Un choix doublement pertinent puisqu’il assure autant une continuité musicale, Eisler a été l’élève de Schönberg, que le prolongement par la vidéo d’un voyage poétique au pays du rêve, des estampes et des marionnettes.

Pierrot lunaire
D’après l’œuvre d’Arnold Schönberg
Mise en scène : Jean-Philippe Desrousseaux
Direction musicale : Takénori Némoto, Ensemble Musica Nigella
Chant : Marie Lenormand / Fiona McGown
Marionnettistes : Gaëlle Trimardeau, Bruno Coulon, Antonin Autrin, Jean-Philippe Desrousseaux
Crédit photo : Gabriele Alessandrini

Vu au Théâtre de l’Athénée

 

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