Théâtrorama

L’univers de Praline Gay-Para, c’est d’abord et avant tout le conte. Droite et menue dans sa robe noire, la voix douce, les yeux s’allument avant de dire et elle raconte les uns, les autres, les mystères de la vie, la rue ou les mondes qu’elle traverse dans son imagination. Elle raconte pour questionner le monde, tissant le merveilleux et le quotidien.

Pourquoi je ne suis pas née en Finlande ? Drôle de question lorsque l’on sait qu’elle vient du Liban et qu’elle a quitté le pays pour vivre à Paris depuis 1975. Imaginer la sérénité des paysages de neige, loin des décombres d’une ville traversée par la fureur de la guerre.

Tout le spectacle est traversé par cette question qui revient comme une pirouette pour dire avec humour l’exil, l’inquiétude, la culpabilité peut-être d’être ici alors que les autres sont là-bas sous les bombes, avec la peur au ventre ; pour dire aussi la complexité, l’envers du miroir et comment un conflit armé se faufile en passager clandestin, silencieux et envahissant, dans les bagages de ceux qui le fuient.

L’héroïne du spectacle agit comme un double de la conteuse qui a elle-même vécu le conflit de loin, au téléphone, via les médias ou lors de ses brefs passages au pays. Vivant à Paris, elle vient d’apprendre la mort de sa seconde mère, restée au Liban et avec qui elle est demeurée liée malgré la distance. Elle sort sous la pluie pour porter la nouvelle à Wahid, le neveu de la vieille dame. En chemin, les bribes d’évènements reviennent en souvenirs disjoints…

Avec en fil rouge l’annonce de la mort de Mariam, les souvenirs s’enchaînent, les mots vibrent, résonnent comme un chant ou un bourdon pénétrant, nous dit Laurence Garcia, la metteuse en scène et c’est ainsi qu’il nous faut entendre ce récit avec son questionnement incessant et ces retours en arrière, qui, à la façon des contes, ne lâchent jamais le fil du récit.

L’une ici, l’autre là-bas, la vieille libanaise et l’exilée se racontaient leur quotidien, les manifestations à Paris et les voisins au Liban, les nouvelles du quartier à Beyrouth et les découvertes à Paris. Comme un lutin aux cheveux rouges, Praline Gay-Para reprend le flambeau, saute d’un sujet à l’autre, suivant le fil de la mémoire : un coup de fil passé d’une cabine téléphonique à Paris est l’occasion de raconter l’attente sous la pluie, devant la cabine et des anecdotes sur les exilés à Paris et enfin l’accès aux nouvelles d’un bout du monde ensoleillé malgré la guerre. Nous sommes transportés en quelques phrases à une autre époque, loin d’internet et des téléphones portables. Et puis il y a cette guerre insidieuse dans la vie de celle qui a voulu la fuir. Cette guerre qui pénètre toute petite dans les jeux des enfants, qui finit par exister pour de vrai puis par se glisser au cœur des promenades dans le Quartier Latin à des milliers de kilomètres de là.

Je n’ai rien vu de la guerre ou si peu, nous dit Praline Gay-Para, mais la guerre m’a suivie, m’a habitée. Une guerre que j’ai imaginée de loin. Dans ce spectacle tout en nuances et mis en scène avec une grande sobriété , on ne raconte pas les blessés, les morts ni même les angoisses de la guerre, mais la complexité qui naît dans le cœur et la pensée de celui qui est loin et vit entre le quotidien d’ici et de là-bas. Le passé et le présent s’entremêlent et la mort naturelle de la vieille Mariam vibre d’une grande douceur à côté de la violence des morts de la guerre du Liban.

C’est dans cette distorsion qui évoque l’absurdité du conflit et la bizarrerie de la résurgence des souvenirs que la conteuse s’inscrit, nous émeut et finit par nous faire rire, car au-delà de la fureur des hommes, il reste l’humour et l’espoir qui fera s’écrouler le dragon à force, à force de dire.

Pourquoi je ne suis pas née en Finlande ?
Récit et interprétation : Praline Gay-Para
Aide à l’écriture et mise en scène : Laurence Garcia
Scénographie, lumières : Samuel Mary
Décor : Daniel Péraud et Sophie Burgaud

Création Novembre 2010
Jusqu’au 29 Janvier : Théâtre Le plateau à Paris (75 019)

Reprise du spectacle : 12 Mars 2011
Centre culturel Le Moustiers
77 – Thorigny sur Marne
Tél : 01 60 07 89 65

Tournée d’été dans le cadre des tournées culturelles de la CCAS

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