Théâtrorama

Seulement homogène dans l’apathie à tous les niveaux, ce spectacle malhonnête dénature la réalité historique sans raison avec un texte pompeux et prétentieux que défend comme elle peut (et c’est peu dire elle peut peu) une troupe de comédiens complètement hors jeu. Pauvre Pouchkine !

La veille du duel qu’il provoque contre un cavalier français trop épris, croit-il, de sa femme, Alexandre Pouchkine dresse un bilan, reçoit un tout jeune auteur du nom de Dostoïevski et fait étalage de ses avis divers et variés sur le pouvoir, la littérature, les femmes… Tout un programme !

Ah le sacro-saint prétexte artistique en vertu duquel on peut écrire n’importe quelle ineptie en toute impunité en se souciant comme d’une guigne de la moindre véracité historique ! Ah l’incoercible besoin de « faire moderne » en rattachant un propos vieux de 180 ans à ce qu’il s’est passé le mois dernier ! Voilà donc le père fondateur de l’une des plus riches littératures du monde massacré par un plumitif qui croit bon de jouer de la grande Histoire comme un sale gosse d’une mouche à sa merci. Ainsi, de nous marteler que l’auteur de « La Dame de Pique » a rencontré Dostoïevski venu lui présenter « Les Pauvres gens » (ouvrage paru 9 ans après la mort de Pouchkine), qu’il s’est épandu sur « Les Ames mortes » de Gogol (pas encore écrit à cette époque) et, pour faire moderne, de glisser des grossièretés de racaille de banlieue ou encore du « bling bling » élyséen ! Comme si la vie de Pouchkine, ce lumineux romantique révolutionnaire harcelé par le pouvoir comme tous ces messagers trop amoureux de leur Russie (Tolstoï, Gorki et autres) pour la laisser se gangréner entre les mains de tyrans, n’était pas suffisamment riche sans aller porter n’importe quelle fadaise à leurs faits d’armes !

Donc pour l’aspect pédagogique, on repassera. Aux spectateurs qui viendraient quand même voir ce tissu d’inepties, on ne pourrait que conseiller d’oublier tout ce qu’ils croiront y avoir appris et d’éviter d’y amener leurs gamins. Et de reléguer également aux oubliettes cet interminable bavardage d’une heure et demie aussi fangeux que les marécages qui entourent la cité de Pierre le Grand et dont l’approximation historique n’est hélas pas le seul travers. Entre la mise en scène aussi ronflante que la majeure partie du public (en tout cas pour la représentation du 20 juin) et l’interprétation dont le seul mérite réside dans son homogénéité, aucun des comédiens ne sachant jouer, certains parvenant même à friser le ridicule, ce n’est plus du théâtre, c’est l’archipel du goulag !

Pauvre Pouchkine, lui si lumineusement lyrique, si admirablement slave, si profondément russe, si diablement romantique, le voilà réduit à ce galimatias et campé par un agité persuadé qu’une paire de rouflaquettes suffisent à la résurrection de ce génie alors qu’il ne s’en fait que le fossoyeur.

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] Pouchkine (site web)
Ecrit et mis en scène par Ewan Lobé, Jr. assisté de Tess Tracy
Avec Samuel Brafman, David Augerot, Tess Tracy, Hélène Schweitzer, Kevin Chemla, Bérengère Jullian, Isabelle des Courtils, Pierre-Antoine Bonifacio, Romain Bertucca Plantie
Direction artistique : Audrey Brière
Costumes : Romain Bertucca Plantie et Audrey Brière
Musique : Jean-Philippe Carboni

Théâtre du Tambour Royal
94 Rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris
Mercredi et jeudi à 20h30, mardi à 19 heures, dimanche à 15 heures
Jusqu’au 11 juillet
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  1. En voilà un journaliste raté qui rêve d’être écrivain et ne supporte pas l’initiative et l’audace de ceux qui le peuvent! En voila un journaliste raté qui rêve d’être acteur mais n’a pas les coucougnettes pour montrer sa face sur une scène! J’ai vu ce spectacle, tout y est justifié. C’est beau et c’est puissant. Pouchkine, n’écoute pas les rats!

    Siegfried / Répondre
  2. Ca sent la revanche gratuite, le commentaire ci-dessus… De cette même gratuité dont fait montre celui qui a commis cette imposture théâtrale et avec lequel j’ai eu un échange de mails houleux assorti d’insultes parce qu’il ne tolère pas la contestation. Mêmes termes, mêmes arguments… Etrange coïncidence…

    En ce moment se joue au Théâtre du Lierre « Mon Pouchkine » avec une Antonia Bosco bouleversante, incandescente, lyrique qui en 55 minutes (il n’est pas nécessaire de faire long pour prouver qu’on est bon) démontre ce qu’est une comédienne, qui plus est doublée d’une sublime soprano. Le texte qu’elle défend est signé Marina Tsvetaïeva. On a les auteurs qu’on mérite…

    Continuez donc, monsieur… monsieur comment déjà ? Zut votre nom m’échappe déjà. Continuez à écrire n’importe quoi. Pour votre prochain projet, n’hésitez pas à en rajouter. Faites écrire « Germinal » par Hugo, « Voyage au bout de la nuit » par De Beauvoir,dites que Paul Morand était existentialiste, que « Mein Kampf » est un chef-d’oeuvre de Stefan Zweig. Vous ferez ainsi parler de vous. Je suis persuadé que vous devez adorer ça…

    Pour ma part, je reste journaliste, simplement journaliste. Sans velléité théâtrale, écriture ou jeu. Chacun son métier. Et surtout à chacun l’honnêteté avec lequel il l’accomplit…

    Franck B. / Répondre
  3. Le vrai journaliste sait que Pouchkine a fourni le sujet des  »Ames mortes » à Gogol dès les années 1830. Il sait aussi qu’un écrivain peut mûrir une idée de roman longtemps avant d’en donner une copie définitive. L’auteur de cette pièce imagine que Dostoeivski porte en lui les  »Pauvres gens » bien avant de le faire publier. Est-ce un mal? Non, c’est la création et les spécialistes de l’histoire russe approuvent. Vous, monsieur, vous vous contentez de cracher votre bile. Vous détestez le succès car vous ne l’avez jamais connu. Vous êtes un perdant. Votre bassesse a un mérite: alimenter le buzz! Allez-y, répondez à ce message, c’est tout bénef pour la troupe. Comme vous êtes un loser vous allez répondre.

    Siegfried / Répondre
  4. Merci pour ces précisions historiques que je n’irai pas vérifier car je sais, pour les avoir étudiées en licence et master de russe, qu’elles sont exactes. Le « faux journaliste » que je suis n’a toutefois pas jugé bon d’évoquer ces faits, trop occupé à dénoncer ceux qui n’étaient que pure invention. Mais vous le dites fort bien : l’auteur « imagine ». Ah ça, pour imaginer, il imagine. Et s’il imaginait un texte qui lui apporterait vraiment du succès ? Non, parce que parler de succès quand il y a plus d’invités que de payants dans une salle à moitié vide, même ce sacré Tchitchikov ne s’y serait aventuré !
    Allez, le loser vous salue bien bas et vous lance l’invitation la plus idoine qui soit : « idite k tchorty » !

    PS : « Les Pauvres gens » n’a été entrepris qu’après la démission de Dostoïevski de l’armée en 1842. Pouchkine est mort en 1837…

    Franck B. / Répondre
  5. Monsieur,
    je suis un spectateur venu assister à la représentation du 20 juin (j’avais acheté mon billet, je tiens à le préciser)et j’ai bien aimé la pièce, je n’ai pas adoré certes, mais j’ai bien aimé. Une chose est sûre, je n’ai pas eu envie de ronfler!
    Et surtout, là où je vous trouve injuste, c’est avec les comédiens. J’ai apprécié l’énergie de la troupe, particulièrement la présence solaire des deux comédiens qui interprètent respectivement Pouchkine et Catherine Gontcharova.
    J’ai assisité à des spectacles à l’Odéon (Je meurs comme un p

    kemper / Répondre
  6. monsieur,
    je suis un spectateur venu assister à la représentation du 20 juin (je tiens à préciser que j’avais acheté mes billets) et je n’ai pas eu envie de ronfler.
    Je vous avouerez ne pas avoir adoré la pièce, mais j’ai passé un bon moment en compagnie de cette troupe qui est parvenue à nous communiquer un peu de leur énergie.
    J’ai particulièrement apprécié celle dégagée par les deux comédiens qui interprétent respectivement Pouchkine et sa belle-soeur.
    J’ai connu des spectacles à l’Odéon où derrière le pretexte du concept il n’y avait rien et où, là, je me suis ennuyé. Alors, Monsieur, pourquoi n’allez-vous pas plutôt vous en prendre à ces spectacles et laisser une chance aux plus petits de se faire une place!

    Kemper / Répondre
  7. A Kemper :

    Je refuse toute dichotomie en matière de théâtre. Petits et grands spectacles (souvent déclinés « gentils petits qu’il faut défendre » et « méchants grands qu’il faut descendre »), spectacles privés (ces salauds qui font du fric) et publics (ces pauvres malheureux à qui on coupe les vivres) etc. Je suis critique, pas politique. Je m’intéresse à ce que je vois sur la scène. Lorsque j’aime, je le dis. Lorsque je n’aime pas aussi. Mon but n’est pas de « m’en prendre à » qui que ce soit. Mais ce n’est pas parce qu’un spectacle est « petit » que je passerai sous silence le fait que je ne l’ai pas apprécié. Notre crédibilité de journaliste passe par là. Pour ce qui est de « Pouchkine », votre opinion est claire et je la respecte à défaut de la partager. Et n’oubliez pas qu’une critique négative peut aussi être bénéfique. Pour couvrir quelque 150 à 180 spectacles par an, je l’ai souvent remarqué. Et si des metteurs en scène, auteurs, attachés de presse, comédiens nous sollicitent si souvent pour avoir notre avis ce n’est pas systématiquement pour se voir tisser des écheveaux de dithyrambes. Souvent, ils préfèrent des avis mitigés mais argumentés que des « extraordinèèèèèèèèère » par grappes entières mais sans plus de fondement…

    Franck B. / Répondre

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